Menés depuis plusieurs années, une quinzaine de projets pilote d'enseignement bilingue, dès l'entrée à l'école, font peu à peu tomber les réticences contre cette nouvelle forme de sensibilisation à l'allemand dans la partie francophone du canton de Fribourg.

La partie est cependant loin d'être gagnée. Le référendum lancé contre la loi prévoyant l'extension progressive de ces méthodes à l'ensemble des communes du canton est alimenté par les craintes des enseignants face à cette réforme aux contours pédagogiques et pratiques encore flous, mais également par la réticence de responsables communaux face aux dépenses nouvelles imposées par l'Etat (Le Temps des 17 décembre 1999 et 18 janvier 2000).

L'exemple des six communes regroupées autour de celle de Rue, près de la frontière vaudoise entre Oron et Moudon, montre que le bilinguisme est tout à fait praticable sans frais supplémentaires en zone rurale, loin de la frontière des langues.

«Les parents réagissent très favorablement. Ils se rendent compte que la sensibilisation à l'allemand dès le plus jeune âge, puis la maîtrise d'une seconde langue, constitue un atout supplémentaire en main de leurs enfants», souligne Brigitte Kauffmann, présidente de la commission scolaire de Rue et environs.

Une expérience encore fragile

Le changement s'est fait en douceur, par la mise à profit du départ naturel d'enseignants. «Nous avons progressivement remplacé des heures d'enseignement en français par des heures en allemand grâce à l'engagement de maîtres bilingues.» Le coût de ce projet pilote lancé il y a quatre ans est presque nul.

La sensibilisation à l'allemand commence dès l'école enfantine lors de six périodes réparties sur trois jours. La poursuite à l'école primaire sur un rythme soutenu ne sera cependant possible qu'après l'acceptation définitive de la loi qui prévoit 15 à 20% de l'enseignement donné dans la langue dite partenaire.

Dans la région de Rue, les travaux manuels sont donnés en allemand durant les quatre premières années primaires, puis la gymnastique dès la cinquième. L'expérience s'est étendue et concerne aujourd'hui près de 500 élèves. Durant la phase initiale, les parents ont été invités à suivre un cours de perfectionnement en allemand. Une trentaine de personnes, soit plus de 5% de la population de Rue, en a profité. Par ailleurs, l'allemand est enseigné par une maîtresse spécialisée qui a suivi une année de formation à Munich.

L'expérience demeure pourtant fragile. Elle se heurte au vide juridique et à la crainte d'une partie du corps enseignant de devoir céder des heures de cours à des collègues bilingues.

«Nous devons constamment jongler. La viabilité du projet repose sur deux personnes», relève Brigitte Kauffmann. Dans un système scolaire hiérarchisé et partiellement sclérosé, la pression des parents, et des enfants, entièrement satisfaits de cette nouvelle forme d'enseignement par immersion, s'avère souvent insuffisante. Ce constat, valable pour la région de Rue, l'est aussi pour certaines communes de l'agglomération fribourgeoise engagées dans des projets pilote du même type.