Dans la nuit de mercredi à jeudi, les routes vaudoises ont été le théâtre de deux courses-poursuites simultanées. En l'espace d'un mois, trois rodéos routiers ont mêlé fuyards et policiers. Effet de mode ou hasard? Le Temps tente de dresser la typologie de ces chauffards et les mesures que la police entreprend pour contrer ces fuites.

Voleurs pressés

Si l'on se réfère aux seuls communiqués de la police vaudoise de cette année, pas moins de sept courses-poursuites ont débouché sur des arrestations. Trois portraits types de conducteurs se dégagent.

En premier lieu, il y a les voleurs et autres malfrats. Suite à une infraction, ils cherchent à éviter d'être interceptés et appuient sur le champignon à la vue de la moindre patrouille de police. C'était le cas jeudi matin, aux alentours de 2 heures. Deux Algériens, dans un véhicule portant des plaques volées, prennent la fuite à plus de 200 km/h sur la route du lac, puis l'autoroute entre Lutry, Vevey et Belmont. Du matériel suspect est retrouvé dans le coffre de la Mercedes, tandis que les deux fugitifs sont interpellés. «Notre pays attire des gens provenant de l'étranger qui ne font qu'un aller et retour sur notre territoire pour commettre des cambriolages», a déclaré à 24 heures Eric Lehmann, le commandant de la police cantonale vaudoise.

Une deuxième catégorie regroupe ceux qui par une conduite suspecte attirent l'attention de la police. Suite au refus de s'arrêter, le rodéo s'engage. Outre ceux qui soudain pris de panique fuient, d'autres personnes peuvent présenter des problèmes psychiques. Le second fait survenu ce jeudi se déroule à 3heures du matin. Il met cette fois en scène un conducteur qui roule à faible allure en zigzagant sur l'autoroute, à hauteur de Cossonay. Une fois son véhicule immobilisé au moyen d'une herse non loin de l'aire de la Côte, le chauffeur est sorti sabre à la main, menaçant la police.

Un air de fureur de vivre

Autre phénomène plus inquiétant: la recrudescence de courses intentionnelles. En janvier dernier, un Français de 37 ans s'amuse à se faire flasher à six reprises dans les rues de Genève, avant d'engager une course, la police dans le rétroviseur. Il aurait répondu, une fois arrêté, «s'être bien amusé et s'être senti comme au cinéma».

Dans la mouvance de Fast and Furious, un film mettant en scène des courses de bolides au cœur des villes, des jeunes souvent encore mineurs rivalisent de vitesse sur une même route au volant des voitures de leur parent. En octobre 2005, dans le canton de Lucerne, une passagère de 15 ans décédait des suites d'un de ces rodéos nocturnes.

Cours de conduite extrême pour la police

Si aucune statistique ne démontre une augmentation sensible de ces cas, la police prend au sérieux ce genre d'infractions au code de la route. «Tous les conducteurs de patrouille sont soumis à un entraînement sur la piste d'aviation de Tourtemagne (VS), explique Claude Wyss, porte-parole de la police vaudoise. Il est difficile de les soumettre au même stress que lors d'une intervention, toutefois ils connaissent ainsi la maîtrise du véhicule à avoir selon la configuration des routes.»

Si les agents ne poursuivent pas ventre à terre les fugitifs, ils tâchent cependant de les maintenir à vue le temps de mettre en place un dispositif d'interception.

Une fois l'alerte donnée, toutes les patrouilles disponibles sont affectées à l'installation de barrage au moyen de camions réquisitionnés ou de herses déroulées au moment où le chauffeur passe. «On ne ferme donc jamais les yeux sur de telles exactions. Si la prévention est difficile, établir, des interventions comme celles de jeudi ont valeur d'exemple», souligne la porte-parole.

Il n'y a donc pas de policiers spécialement affectés à cette tâche, toutes les patrouilles sont susceptibles d'effectuer ces poursuites. Toutefois, de tels dispositifs nécessitent beaucoup d'effectifs, d'autant plus dans un réseau routier aussi grand que celui du canton de Vaud. Jeudi matin, 13 voitures de la police cantonale ont été appelées. Début novembre, une interpellation sur l'A1 avait nécessité une vingtaine de patrouilles. Eric Lehmann reconnaît qu'il leur est malheureusement arrivé de perdre la trace de fuyards.»