Un meurtre a endeuillé la «Fête des promos» du Locle, qui marque traditionnellement le début des vacances dans la ville neuchâteloise. Une jeune fille de 16 ans, de nationalité albanaise, a été tuée d'une balle tirée à bout portant par son agresseur, un Palestinien de 33 ans. Les deux protagonistes de ce drame se connaissaient pour avoir séjourné en même temps, il y a peu, dans un centre de requérants d'asile. La nature exacte de leur relation devra être établie. Ce qui est sûr, c'est que la jeune fille avait subi des menaces de la part de son meurtrier et que ce dernier avait même été condamné pour cela à une peine avec sursis, il y a moins d'un mois.

Il était environ 19 h 00, samedi soir, et la fête, installée au centre-ville, battait son plein. La jeune fille se trouvait en compagnie de sa mère ainsi que d'autres membres de sa famille sur la place occupée par les manèges forains. L'homme s'est approché, a tiré deux coups de feu. La jeune fille, touchée au dos par l'un des projectiles, s'est effondrée. Avec le bruit et la foule, seules les personnes les plus proches ont pris conscience du drame dans un premier temps.

Transportée à l'Hôpital de La Chaux-de-Fonds, la victime devait y mourir un peu plus tard dans la soirée. Quant au meurtrier, il s'est rendu à la permanence du service d'incendie et de secours et y a déclaré son acte. Maîtrisé par le personnel présent, dont un agent de la police locale locloise, il a été amené à la police cantonale. Il est actuellement incarcéré à la prison de La Chaux-de-Fonds. Son arme, un pistolet Beretta 7,65 mm, a été retrouvée sur place. L'enquête a permis d'identifier sa provenance, a indiqué la police sans donner plus de précisions.

Selon les premiers éléments de l'enquête, la victime et l'homme se connaissaient, pour avoir séjourné simultanément au Centre cantonal d'hébergement pour requérants des Verrières, l'un des deux lieux où les candidats à l'asile attribués au canton de Neuchâtel sont logés durant quelques semaines ou quelques mois, ceci en attendant leur placement en appartement. La jeune fille y vivait avec son père, maçon de formation, sa mère ainsi que plusieurs frères et sœurs, toute la famille étant arrivée d'Albanie. Le Palestinien était arrivé seul en Suisse, à fin 2002. Depuis lors, la famille s'est vu attribuer un appartement au Locle, où la jeune fille a été scolarisée, tandis que l'homme était logé dans un studio dans la même ville. Un hasard, qui peut s'expliquer aisément: les logements vides y étant plus nombreux et moins chers, les requérants sont placés plus facilement dans les deux villes du Haut que sur le Littoral.

La jeune fille aurait-elle été victime d'un crime passionnel pour avoir mis fin à une liaison avec son assassin? L'hypothèse a été émise, mais rien ne permet à ce stade de l'affirmer. Il se pourrait en effet tout autant qu'elle ait dû sa mort violente au fait d'avoir refusé les avances de son agresseur. Au Centre des Verrières, où l'un comme l'autre vivaient il y a encore peu de temps, la victime est décrite comme une jeune femme ravissante, sous la garde de parents rigoureux. On se souvient du meurtrier comme d'un homme dynamique et expansif, en particulier dans le domaine de la séduction.

Le drame du Locle ressemble à la chronique d'un meurtre annoncé. A deux reprises au cours des derniers mois, l'homme avait menacé la jeune fille, dont les parents ont fini par alerter les autorités. Pas plus tard que le 12 juin dernier, le meurtrier a été condamné pour menaces à une peine de deux mois et demi de prison avec sursis. Une sanction par ordonnance pénale, dans la compétence du procureur. Aurait-il fallu alors arrêter l'auteur, et solliciter une expertise psychiatrique auprès d'un juge d'instruction? Selon les autorités neuchâteloises, rien ne permettait toutefois de déceler un danger particulier, alors que les cas de menaces sont nombreux. Olivier Guéniat, le chef de la Sûreté cantonale, souligne la difficulté qu'il y a, dans une affaire de ce type, à reconstituer le profil et le passé d'un requérant d'asile.