En voilà un qui va rejoindre la cohorte des détenus en exécution d’un internement. José, condamné par le dernier jury de la Cour d’assises de Genève à 16 ans de prison, notamment pour le meurtre de la jeune Olga dont le corps n’a jamais été retrouvé, n’échappera pas à la mise en œuvre d’une mesure de sûreté destinée à protéger la société de son profil de dangereux psychopathe. Dans un arrêt, rendu public ce lundi, le Tribunal fédéral rejette le recours de la défense et constate que les conditions d’un traitement thérapeutique institutionnel, mesure un peu moins radicale, ne sont pas réunies.

José étant arrivé au bout de sa peine en 2021 (il avait passé cinq ans en détention provisoire avant son procès de 2010), les autorités ont dû examiner si un internement de sécurité, préconisé à l’époque par les experts en raison d’un sérieux risque de récidive, devait être confirmé. Au niveau cantonal, les deux instances ont répondu par l’affirmative. Le Tribunal fédéral est allé dans le même sens.

Aucun remords

Désormais détenu à La Brenaz et âgé de 56 ans, il ne verra pas le bout du tunnel carcéral de sitôt. L’exécution de son internement pour une durée indéterminée, prononcé au moment du verdict en raison d’une personnalité pathologique qui le rend particulièrement inquiétant, et désormais confirmé par Mon-Repos, lui laisse peu de chance de sortir un jour de prison. Pour son avocate, Me Yaël Hayat, «la décision d’internement n’appelle ici aucun commentaire si ce n’est le silence dans lequel il fige le détenu. Il n’y a désormais plus qu’à espérer que de nouveaux éléments lui permettent d’entrevoir un avenir moins sombre.»

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Dans son arrêt, le Tribunal fédéral constate que la justice genevoise n’a pas versé dans l’arbitraire en concluant de manière convaincante qu’une mesure thérapeutique institutionnelle n’était vraisemblablement pas de nature à entraîner une diminution du risque de récidive dans les cinq ans à venir et ne devait donc pas remplacer l’internement prononcé. Une appréciation basée sur le fait que l’intéressé avait initié un suivi psychologique très tardivement et de manière opportuniste, qu’il n’éprouvait toujours aucun remords, qu’il n’avait aucun recul critique par rapport à ses actes et que rien dans sa situation ne promettait d’amélioration fondamentale.

Corps disparu

Rappelons que José, contremaître péruvien, a été arrêté en 2005, soit six ans après la mort d’Olga, pour avoir fait vivre un enfer de violences physiques et sexuelles à trois autres de ses compagnes, toutes clandestines et isolées socialement. Il a été accusé de l’homicide d’Olga, une cousine éloignée qui travaillait chez lui comme babysitter et avec laquelle il venait d’avoir une fille, sur la base du témoignage de son ex-femme.

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Cette dernière, prénommée Carmen, plaignante et mère de cinq de ses enfants (il en a eu neuf en tout dont un avec une mineure de 13 ans), assurait que José lui avait avoué son crime et montré une partie du cadavre d’Olga dans le sous-sol de l’immeuble pour la terroriser. José a ensuite prétendu que c’était son ex-épouse qui avait éliminé cette jeune rivale, avant de se rétracter et de refuser d’aborder la question. L’intéressé sera finalement reconnu coupable de tout à l’issue d’un procès électrique.

Vingt-trois ans après sa disparition, le corps d’Olga n’a pas été retrouvé et José conteste toujours avoir commis ce crime. Les parents de la victime, révélait Le Temps cet été, ont écrit une deuxième fois au Ministère public pour demander de nouvelles investigations dans l’espoir de trouver le corps de leur fille et de pouvoir enfin faire leur deuil. Une démarche qui risque bien de se heurter à la prescription et à l’absence de piste sérieuse. Sauf si José, désormais plongé dans cet enfermement sans limite, consent à en dire plus.


Arrêt 6B_716/2022 du 11 octobre 2022