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Michael Lauber écarte toute faute professionnelle

Le procureur général de la Confédération a nié toute collusion entre la justice suisse et la FIFA. L'autorité de surveillance du ministère public donnera son avis sur le dossier

Circulez, il n’y a rien à voir. En substance, voilà ce que le chef du Ministère public de la Confédération (MPC), Michael Lauber, a communiqué à la presse mercredi matin. Sous pression depuis que les Football Leaks ont révélé qu’il avait à plusieurs reprises rencontré discrètement le président de la FIFA, Gianni Infantino, il a réfuté toute faute professionnelle. Des procédures impliquant la FIFA sont pourtant en cours au MPC.

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Une succession d’événements suspects

Ces dernières semaines, les liens entre la justice suisse et la FIFA ont soulevé de nombreuses interrogations. Début novembre, les Football Leaks, révélées par un consortium de journalistes international, mettaient à jour deux rencontres informelles entre Michael Lauber et Gianni Infantino. C’était en 2016. Le MPC ne tremble pas: ces entrevues étaient «nécessaires à la compréhension générale du complexe des enquêtes dans le domaine du football ainsi que pour clarifier la position de la FIFA en tant que plaignant et partie lésée», explique l’institution.

Quelques jours plus tard, Olivier Thormann, le procureur chargé des affaires économiques du MPC – qui supervise également des enquêtes concernant la FIFA – est suspendu de toutes ses fonctions. «Sa mise à pied n’a aucun rapport avec les rencontres entre le président de la FIFA et Michael Lauber», explique alors le MPC. Sans donner de détails sur les raisons qui ont précipité son départ. L’institution précise cependant qu’il est «lié à des accusations en rapport avec la FIFA». Enfin, ce lundi, l’un des membres de l’autorité de surveillance du MPC, Cornel Borbély, annonce sa démission. Il devait constamment se récuser en raison de son ancienne activité professionnelle: chef de la chambre d’instruction de la Commission d’éthique de la FIFA.

Nous devons parfois prendre des risques juridiques, mais nous menons ces entretiens dans le respect de la transparence

Michael Lauber

«Je comprends que vous ne compreniez pas», a concédé Michael Lauber devant un parterre fourni de journalistes suisses et internationaux. «Mais il n’y a rien d’anormal dans les activités du MPC.» Pendant plus d’une heure, le chef du parquet suisse a méthodiquement aplani la vague. Quid de la tenue d’entrevues sans procès-verbal avec le président d’une association sous enquête? «Il n’est pas possible de mener à bien nos investigations sans ce genre de rendez-vous. Je ne les regrette pas.»

N’existe-t-il aucune règle encadrant ce genre de rencontres? «Nous sommes en train d’établir une politique à l’interne. Nous devons parfois prendre des risques juridiques mais nous menons ces entretiens de manière intelligente et dans le respect de la transparence.» Les raisons du départ précipité du procureur Olivier Thormann? «Des informations provenant de sources plausibles. Une décision regrettable mais nécessaire. Ses dossiers sont en de bonnes mains.»

«Une petite brise»

Imperturbable, le procureur général de la Confédération n’a jamais paru douter. «Nos procédures sont complexes et donnent souvent lieu à de grands remous, en Suisse et à l’étranger. Nous avons l’habitude. Ce qui se passe actuellement n’est qu’une petite brise. Cela ne me gêne pas trop.» Interrogé sur sa légitimité à la tête du MPC, Michael Lauber a jugé qu’elle n’avait pas été entamée. «Je fais mon travail, je ne pense pas avoir manqué de doigté et je partage toutes les informations requises avec notre autorité de surveillance.»

Contacté par e-mail, son président, Niklaus Oberholzer, a confirmé que Michael Lauber n’était pas sous enquête. Les réunions du procureur général avec le président de la FIFA sont toutefois bel et bien examinées «dans le cadre de ses activités de contrôle habituelles» et feront l’objet d’un rapport qui paraîtra «en temps utile».

Outre les agissements du patron du MPC, la question de savoir quand les 25 procédures ouvertes en lien avec la FIFA trouveraient des réponses a été posée. «J’entends tous les jours dire que nous n’allons pas assez vite», a répondu Michael Lauber. «Mais le Code de procédure pénale suisse est ainsi fait. Cela demande du temps.» Un classement ou un renvoi au tribunal concernant certaines de ces affaires pourrait intervenir «dans les neuf prochains mois», a-t-il cependant indiqué. 

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