Premier procureur général de la Confédération élu par le parlement, Michael Lauber a suscité beaucoup d’attentes lors de son arrivée en 2011. Style flamboyant, excellent communicateur, parcours atypique, ce fils de pasteur soleurois apparaissait comme celui qui serait capable de sortir de l’impasse le Ministère public de la Confédération (MPC). L’institution est alors sous le feu des critiques, ébranlée par les mandats écourtés de ses prédécesseurs, contestés, Valentin Roschacher et Erwin Beyeler. Michael Lauber devait incarner cette haute fonction, vitrine publique de la lutte contre la grande criminalité internationale, autrefois portée par Carla Del Ponte.

Avec l’annonce retentissante ce vendredi de la démission de Michael Lauber, c’est la chute de l’homme providentiel. Une chute attendue, devenue inéluctable, tant il s’est isolé au terme d’un âpre et douloureux feuilleton juridico-politique, entre enquête disciplinaire et recours en cascade. Deux ans durant lesquels le procureur général s’est enferré dans une défense jusqu’au-boutiste. Il a mené une véritable guerre de tranchée contre l’autorité de surveillance du MPC dans un climat délétère.

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Vérité dissimulée

C’est finalement le Tribunal administratif fédéral qui va donner le coup de grâce. Si les juges de Saint-Gall nuancent certaines critiques faites à son encontre, ils confirment que Michael Lauber a délibérément caché la vérité, en dissimulant une troisième rencontre secrète avec le grand patron du football mondial, Gianni Infantino, en marge d’enquêtes sur des affaires de corruption entourant la FIFA. Ces accusations de mensonge, même si Michael Lauber continue de les rejeter, ont eu raison de son entêtement.

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Ils sont dorénavant nombreux à espérer un retour rapide au calme après des mois de tensions permanentes. L’avenir du MPC ressemble cependant davantage à un vaste chantier. Qui pour reprendre ce poste chahuté, hypersensible, surveillé de toutes parts et dont l’image à l’étranger est ternie? Et il s’agira davantage qu’une simple question de succession. Des voix s’élèvent déjà à Berne pour demander une réforme en profondeur du MPC, notamment en divisant les responsabilités. Michael Lauber devait être le sauveur de la fonction. Il en sera peut-être le fossoyeur.