Justice

Michael Lauber, un parcours varié mais atypique

Il est l’unique candidat proposé au parlement pour succéder à Erwin Beyeler à la tête du Ministère public de la Confédération. Sa carrière l’a mené de Berne à Vaduz, où il préside actuellement l’association des banquiers de la Principauté

C’est presque fait et c’est, pour lui, une manière de rentrer au bercail. Michael Lauber devrait être élu mercredi au poste de procureur général de la Confédération par le parlement. Il avait quitté Berne et les Offices centraux de lutte contre le crime organisé il y a onze ans, en désaccord avec sa hiérarchie sur la réorganisation des services fédéraux de police. Il revient aujour­d’hui par la grande porte.

Chargée d’auditionner et de sélectionner les candidats, la Commission judiciaire des Chambres a été emballée. Michael Lauber a rapidement creusé l’écart avec les autres, confiait une source proche du dossier juste après l’annonce, le mois dernier, qu’il serait l’unique candidat proposé pour l’élection.

Son nom ne s’est pourtant pas imposé spontanément. Michael Lauber avait quitté la Suisse pour poursuivre sa carrière au Liechtenstein hors de la magistrature où il n’a fait qu’un bref passage, entre 1992 et 1993 comme juge d’instruction dans le canton de Berne, juste après la fin de ses études de droit.

Un poste où il ne s’attarde pas, puisqu’il rejoint rapidement la police judiciaire, toujours à Berne, avant que sa vie professionnelle ne prenne un tournant décisif en 1995. Il va en effet devenir, aux côtés de Valentin Roschacher – le futur mais malheureux procureur général de la Confédération – et de Stephan Gussmann, l’un des trois responsables des Offices centraux chargés, au niveau fédéral, de la poursuite du crime organisé et du blanchiment d’argent.

Il y restera cinq ans et y vivra le prélude à la grande réorganisation qui va voir la lutte contre la grande criminalité économique et financière internationale devenir une compétence exclusive de la Confédération. La période est mouvementée, la jeune garde dont Michael Lauber fait partie insiste pour séparer le renseignement de la nouvelle police judiciaire, qui a besoin de profils aiguisés dans le domaine de l’analyse criminelle et financière.

Michael Lauber part en 2000, presque en même temps qu’un autre jeune et haut fonctionnaire de valeur, Daniel Thelesklaf, responsable du combat contre le blanchiment.

Il s’installe quelque temps comme avocat à Zurich avant d’être engagé par Vaduz comme responsable de l’unité chargée de recevoir et d’analyser les signalements que les banques doivent effectuer dès qu’elles suspectent que leurs clients pourraient blanchir des fonds.

En 2004, il change encore d’orientation et devient directeur de l’association des banques de la Principauté, puis président dès 2010. Il est au front et va devoir accompagner la mutation de la place financière de Vaduz après le scandale de l’affaire LGT, en 2008, quand des listes de clients tombent aux mains du fisc allemand. Les réseaux qu’il a pu se constituer, sa crédibilité auprès des ­milieux financiers lui seront précieux dans ses nouvelles fonctions.

Curriculum varié, mais atypique pour accéder au poste de procureur général de la Confédération. Son nom n’est d’ailleurs pas de ceux qui ont immédiatement circulé quand les Chambres, au début de l’été, à la surprise générale, ont refusé de reconduire l’actuel titulaire Erwin Beyeler dans ses fonctions. Les parlementaires voyaient plutôt, pour reprendre les rênes de l’institution, un magistrat expérimenté et incontesté. Les regards s’étaient tournés vers Thomas Hansjakob, le procureur général du canton de Saint-Gall, mais celui-ci devait faire savoir qu’il ne serait pas candidat, l’élection lui paraissant trop politisée.

«Je préfère un procureur général motivé, ce que je crois être Michael Lauber, à un magistrat peut-être plus expérimenté mais qui craindrait de prendre des coups», réagit un bon connaisseur du dossier. Avant de poursuivre: «Ce qu’il faut absolument au Ministère public de la Confédération, c’est un chef qui sache motiver ses gens et les faire travailler en équipe, ce que n’a pas su faire Erwin Beyeler.»

Ceux qui ont côtoyé Michael Lauber dans l’une ou l’autre de ses fonctions précédentes le décrivent comme bon spécialiste et excellent communicateur. En faisant acte de candidature, nul doute que Michael Lauber savait parfaitement où il mettrait les pieds s’il était élu: dans une institution fortement chahutée par des dossiers qui ont entamé sa crédibilité, comme celui du banquier zurichois Oskar Holenweger, et qui n’a pas encore réussi à trouver ses marques dix ans, bientôt, après que ses compétences ont été élargies et son rôle profondément transformé. En juillet dernier encore, la Commission de gestion du parlement déplorait ne pouvoir obtenir du Ministère public les éléments précis lui permettant de vérifier si la dotation budgétaire de la maison lui permettait, ou non, d’accomplir correctement ses tâches. Un comble.

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