Ici le jour s'allume dans les yeux des usines,

Les rues sont noires encore quand partent travailler,

Dans la neige, ces ombres qu'attendent les machines.

La fatigue d'hier il faudra l'oublier,

Il semble que l'hiver, le silence et la mort

Ont cerné nos maisons de toute éternité.

Ici le jour commence avant l'aurore.

Ici le printemps vient comme une femme aimée

Qui s'abandonne enfin; l'eau

ruisselle partout,

Il gèle encore, bien sûr, au fond

de la vallée,

Mais dans les bois secrets on entend le coucou.

Un tracteur passe dans la brume qui s'étire,

Les écoliers se hâtent, une écharpe à leur cou,

Ici, l'été, on parle de voyages.

Ici, quand le soleil écrase le village,

La vie s'arrête un peu pour écouter la vie.

Qu'on soit de la scierie, des forges ou du garage,

On s'assied aux terrasses et l'on croit au midi.

La montagne avant-hier a plié sous l'orage,

Dans la poussière des blés juillet s'est endormi,

Ici, l'été, on parle de voyages.

Ici l'automne est rouge dans les

forêts de hêtres;

Sur le pas de sa porte l'homme se tient debout;

Avec ses mains meurtries il est comme le maître

Du soir bleu qui descend sur le pays si doux.

On a fait son année, on a laissé sa trace,

La nuit peut revenir il y a du vin chez nous.

Ici, l'automne, on sait le temps qui passe.

Enfant du coin, le chanteur a décrit le village de Sainte-Croix dans cette chanson. Le texte est extrait de: «Trésors de mon pays, Sainte-Croix», Neuchâtel, 1979.