La sexualité au sein du clergé catholique n’en finit plus de susciter la polémique, entre soupçons d’abus et révélations de relations cachées. Dernier exemple en date à l’évêché de Fribourg où le successeur de l’abbé Frochaux, lui-même suspendu à la suite d'accusations de harcèlement sexuel et de pédophilie, s’est révélé adepte des sites de rencontres homosexuelles. De quoi mettre à mal la crédibilité de l’Eglise, déjà minée par une érosion de ses fidèles, mais aussi reposer la question du célibat des prêtres. Professeur à la Faculté de théologie de l’Université de Genève, l’historien du christianisme Michel Grandjean analyse les origines de cette exigence imposée à ceux qui dédient leur vie à Dieu.

Le Temps: L’Eglise catholique romaine a-t-elle un problème avec la sexualité?
Michel Grandjean: Il faut veiller à ne pas généraliser ou élaborer des conclusions hâtives à partir de cas individuels. Il convient également d’éviter les amalgames entre pédophilie et sexualité ou homosexualité. Ce sont deux choses très différentes. De même, les problèmes liés à la sexualité au sein du clergé ne résultent pas uniquement de l’absence de mariage. Si le mariage empêchait toute déviance sexuelle, ça se saurait. Il y a néanmoins une certitude: l’exigence de chasteté imposée aux prêtres n’a jamais été respectée de manière absolue. Depuis sa naissance, l’Eglise ferme les yeux sur les dérapages, les accidents de parcours.