QUESTIONS À

Michèle Künzler: «Les TPG ont besoin d’un profil entrepreneurial»

La ministre genevoise de la Mobilité se heurte à des embûches au Grand Conseil en voulant nommer un Français, le patron de Migros Genève Guy Vibourel, à la présidence du conseil des Transports publics genevois. Elle s’explique

Le conseil d’administration des Transports publics genevois (TPG) commencera ses travaux sans président lors de son renouvellement en octobre. Comme Le Temps le révélait vendredi, son leader pressenti, le patron haut-savoyard de Migros Genève Guy Vibourel, ne peut être nommé tant que le parlement ne modifie pas la loi qui force les membres de ce conseil à être suisses et résidents genevois. Or, le Grand Conseil a refusé jeudi de retoucher en urgence le texte qui devait être examiné mardi soir en commission parlementaire des transports. La ministre de tutelle, Michèle Künzler, s’explique.

Le Temps: Au Grand Conseil, le MCG a contesté la modification légale concernant la nationalité. La droite a suivi en refusant l’urgence que vous demandiez. Comment l’interprétez-vous?

Michèle Künzler : Les remous ont commencé plus tôt déjà: on veut me faire nommer Patrice Plojoux (le président sortant, ndlr), ou au moins un libéral. Les mêmes qui demandent des conseils apolitiques et compétents se braquent quand on exauce leur vœu. Il est piquant de noter que des employés de la Fédération des entreprises romandes sont à l’origine de ce mouvement d’humeur qui se fait aux dépens de l’un des plus grands patrons genevois. Pour ma part, ma priorité portait sur une autre modification: mon retrait en tant que conseillère d’Etat du conseil d’administration des TPG. On ne peut pas être à la fois membre de l’autorité de contrôle et de l’entité d’exécution. Il s’agit d’une obligation fédérale qui conditionne le versement d’une subvention de 6 millions de francs.

– Ces règles de nouvelle gouvernance ont été refusées en juin en votation cantonale. Méprisez-vous le verdict du peuple?

– Les points contestés de la réforme ne portaient pas sur cet aspect, mais sur le nombre d’administrateurs et la représentation des partis dans les conseils.

– Quelles seront les conséquences de la vacance à la tête des TPG?

– Mon siège et celui du président resteront vacants. Le vice-président pourra assurer l’intérim. Des décisions devront peut-être être différées en l’attente d’un conseil validement constitué.

– Votre choix apparaît comme un désaveu du libéral Patrice Plojoux…

– C’est une question d’époque. Patrice Plojoux a amené beaucoup lorsqu’il s’est avéré nécessaire de resserrer les liens avec les communes. Je ne l’écarte pas: je compte lui confier des missions. Mais les TPG ont maintenant besoin d’un profil plus entrepreneurial et d’un conseil très fort pour affronter les difficultés de cette entreprise en pleine croissance. Ses prestations ont doublé en moins de dix ans et ses effectifs ont crû alors que la direction n’a pas évolué.

– N’est-il pas maladroit de choisir Guy Vibourel qui n’est ni suisse, ni expert en transports?

– Une bonne gouvernance signifie dépolitiser le conseil d’administration et privilégier sa compétence. Guy Vibourel s’apprête à prendre sa retraite, même s’il est encore plein d’énergie. Il vient d’une entreprise qui ressemble aux TPG: de type industriel, axée sur le service à la population et qui n’emploie pas que des universitaires. Il peut amener son savoir en management. Les compétences métier se trouvent dans l’entreprise; elles sont aussi maîtrisées par d’autres personnes que je souhaite également voir nommées comme administrateurs.

A l’origine, je ne savais même pas que Guy Vibourel était français. Il travaille dans une entreprise plus suisse que suisse, il a fait ses études ici et il préside le Trade Club genevois. Il est totalement intégré dans ce canton où il envisage de résider.

– Tout cela tombe mal alors que le nouveau réseau TPG continue d’être contesté…

– C’est justement pour améliorer la satisfaction des usagers que je souhaite un organe plus fort. Le conseil sortant n’a pas toujours accompagné avec professionnalisme les mutations des TPG.

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