Invitée pour la deuxième fois à la Landsgemeinde de Glaris (elle s'était déjà déplacée en 2004), la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey s'est montrée conquise face à cet exemple de démocratie directe. Le droit de vote à 16 ans est un «réjouissant élargissement de la démocratie», estime-t-elle.

Le Temps: les Glaronais acceptent le droit de vote à 16 ans. Votre première réaction?

Micheline Calmy-Rey:J'éprouve un sentiment de satisfaction. Comme femme, j'ai dû attendre longtemps avant de pouvoir m'exprimer via les urnes. Pourtant, j'ai ressenti très jeune de l'intérêt pour la chose publique. Ce matin, les interventions devant la foule l'ont prouvé: nous avons pu constater que les jeunes ont des préoccupations et qu'ils s'engagent pour défendre leur position.

- On entend souvent parler du désintérêt des jeunes pour la politique. Cette décision peut-elle modifier la tendance?

- Si vous avez des droits, vous vous intéressez aussi davantage, j'en suis convaincue. Avant d'octroyer le droit de vote aux femmes, on parlait beaucoup aussi de leur désintérêt pour la politique. Il ne s'est pas vérifié. Au contraire, les femmes se sont fortement engagées pour défendre leurs intérêts. Dans cet esprit, l'éducation civique est un élément essentiel, car, pour exercer ses droits, il faut les connaître. La Suisse a la chance de bénéficier de moyens d'action politique comme les droits d'initiative et de référendum. Il importe d'en informer en particulier les jeunes.

- Après la fusion des communes l'an dernier, le droit de vote à 16 ans cette année, Glaris continue de surprendre...

- Ce n'est, je ne crois pas, un hasard si cette question du droit de vote à 16 ans trouve écho d'abord à Glaris. Ce canton a déjà souvent fait œuvre de pionnier. Ici, c'est vrai, les jeunes sont très vite habitués au débat public via la Landsgemeinde. Ce dimanche, j'ai entendu sur le podium des arguments tout à fait raisonnables et réfléchis. Ils venaient des jeunes et c'est très réjouissant.

- Pourtant, les critiques adressées à la Landsgemeinde restent nombreuses en général. L'émotion y a une place importante. Qu'en pensez-vous?

- Je crois que la Landsgemeinde a quelque chose d'indémodable. Aujourd'hui, ce genre de débat sur le vif auquel chacun participe doit être maintenu là où c'est encore possible. Cela reste un atout de la démocratie directe. Par contre, le fait qu'il n'y a pas de secret du vote peut aussi influencer les décisions. Mais, à Glaris, la Landsgemeinde a une longue tradition qui relativise cet inconvénient. Bien sûr, pareil rassemblement n'est pas possible dans le contexte des grandes villes ou des cantons plus peuplés. On pourrait imaginer d'y recréer des Landsgemeinde virtuelles en usant de moyens comme Internet. Pour plus d'échanges.

- Pour revenir au vote des jeunes, que pensez-vous de l'idée de votre parti de relancer le débat au niveau national?

- La décision glaronaise va très certainement raviver les discussions sur ce sujet dans d'autres cantons. Et c'est très bien. Il appartient quoi qu'il en soit aux Suissesses et aux Suisses de vouloir ce changement.