Les médias dominicaux ont largement traité de l’affaire Kadhafi. L’option vraisemblablement examinée par Berne d’une exfiltration militaire des deux otages suisses en Libye est largement évoquée, sans être confirmée. Tout comme le dépôt d’une plainte contre la Libye auprès des instances internationales concernées par le respect des droits de l’Homme.

«Nous parlons ici d’une crise exceptionnelle», a déclaré la cheffe de la diplomatie suisse samedi dans une interview à des quotidiens alémaniques. «Réfléchir à des possibilités non- conventionnelles fait partie du processus», a-t-elle ajouté. «Nous devons toujours examiner toutes les options.»

«Si nous ne le faisions pas, on nous le reprocherait», a encore souligné la ministre. Plusieurs scénarios d’intervention militaire ont été évoqués dans la presse helvétique depuis jeudi. Mais personne n’a confirmé qu’une telle opération aurait bel et bien pu être réalisée concrètement. Micheline Calmy-Rey n’a pas voulu s’exprimer clairement à ce sujet dans les différentes interviews accordées. Vendredi, le porte-parole du Conseil fédéral André Simonazzi a également refusé de commenter ces informations.

Enquête parlementaire en cours

Le président de la sous-commission de gestion du Conseil des Etats Peter Briner (PLR/SH) a adopté le même profil. Il a répété samedi à la radio publique alémanique DRS que la sous-commission se pencherait sur tous les aspects de cette affaire, y compris d’éventuels projets de libération par la force. Hans-Rudolf Merz doit notamment être entendu par la sous- commission jeudi. Des auditions de membres de l’administration et de la diplomatie impliqués dans l’affaire sont prévues jusqu’en automne.

Eveline Widmer-Schlumpf comprend que les rumeurs apparues sur une éventuelle opération d’exfiltration puissent inquiéter la population. L’aspect de politique intérieure de l’affaire doit être traité rapidement et de manière transparente, selon la ministre. La population a le droit d’être informée. Un premier enseignement est que les conseillers fédéraux s’informent mieux sur les dossiers importants, a ajouté la Grisonne. Déjà entendu, ce reproche portant sur un manque de communication est catégoriquement rejeté par Micheline Calmy-Rey dans une interview à l’hebdomadaire Sonntag.

«La coopération entre nos deux départements lors de l’année présidentielle d’Hans-Rudolf Merz a été intensive», a-t-elle déclaré. Dans une autre interview, au Matin Dimanche, la conseillère fédérale affirme même être «reconnaissante à celles et ceux qui se sont engagés dans ce dossier, surtout à Hans-Rudolf Merz».

Appel à la décence

La cheffe de la diplomatie a également répondu aux reproches selon lesquels ses services auraient sous-estimé la crise au début. «Nous avions averti Genève au préalable des suites politiques que pourrait entraîner une arrestation d’Hannibal Kadhafi». Et le DFAE a mis sur pied une task force le jour même de cette arrestation, bien avant celles de MM. Göldi et Hamdani.

Quant aux excuses de la Suisse pour la publication des photos d’identité judiciaire d’Hannibal Kadhafi par la Tribune de Genève, la ministre des affaires étrangères les a justifiées dans Sonntag en arguant que le vol de ces photographies constitue également un délit en Suisse. «C’était des excuses qui ne nous ont rien coûté», a- t-elle ajouté.

Micheline Calmy-Rey réagit aussi aux déclarations du Conseil d’Etat genevois de ne pas vouloir payer ni participer à la somme de 1,5 million de francs mise en dépôt par Berne dans le cas où l’enquête sur ce vol de photos n’aboutirait pas. «Vu le coût exorbitant, en termes de mobilisation, de travail, de souffrances, qu’a occasionné cette crise, la décence voudrait que l’Etat de Genève et La Tribune de Genève s’abstiennent de tout commentaire».

Sur un plan extérieur, le comité des droits de l’homme de l’ONU serait l’organe adéquat pour surmonter la crise des otages avec la Libye, estime la ministre de la justice. Un examen du comportement de la Libye pourrait être suggéré au comité onusien, a-t-elle déclaré à la radio alémanique DRS samedi.