Le verdict formulé ce week-end par les médias alémaniques sur les candidats socialistes à la succession de Ruth Dreifuss est sans appel: la Genevoise Micheline Calmy-Rey fait non seulement figure de favorite, elle est pratiquement déjà élue. Handicapée par ses origines alémaniques et la présence d'un autre Fribourgeois (Joseph Deiss) au gouvernement, sa rivale Ruth Lüthi doit trouver un soutien massif dans le camp bourgeois, et notamment à l'UDC, pour espérer s'imposer. Quant aux candidats éliminés par le groupe socialiste vendredi, leurs chances sont pratiquement nulles: «Les résultats de Patrizia Pesenti et de Jean Studer ont de quoi refroidir», constate le secrétaire général du Parti radical, Guido Schommer.

L'analyse dominante s'appuie sur quelques règles simples d'arithmétique fédérale: Micheline Calmy-Rey est la candidate favorite de son parti, et obtiendra donc une majorité de voix socialistes le 4 décembre. Elle peut en outre compter sur le soutien de nombreux parlementaires de droite romands: Yves Christen ou Christiane Langenberger (rad./VD) ne tarissent pas d'éloges sur ses qualités. Le Parti démocrate-chrétien dans son ensemble devrait lui être favorable: si Ruth Lüthi est élue, l'autre Fribourgeois du Conseil fédéral, Joseph Deiss (PDC), deviendra plus vulnérable aux attaques de l'UDC contre la formule magique.

Dans ce contexte, le seul espoir de Ruth Lüthi – dont la classe politique dans son ensemble reconnaît les qualités professionnelles – est d'être nettement plus convaincante que la grande favorite lors des auditions devant les partis radical et démocrate-chrétien, qui devraient avoir lieu le 26 décembre. Mais Micheline Calmy-Rey n'a pour l'heure montré aucun signe de faiblesse: au contraire, estimait dimanche la NZZ am Sonntag, sa campagne a été parfaite. En outre, Ruth Lüthi doit convaincre la droite pour l'emporter, mais elle est, selon le président du PDC Philipp Stähelin, «marquée à gauche». Pendant ce temps, Micheline Calmy-Rey, forte de sa réputation de gardienne de l'austérité budgétaire gagnée à Genève, cultive une image centriste, promettant de défendre le secret bancaire si elle est élue et soulignant qu'elle n'a pas lancé de pavés lors des événements de Mai 68.

Méditation

Quant aux défaits de vendredi, ils ont passé le week-end à méditer: Patrizia Pesenti devrait s'exprimer ce lundi – vraisemblablement pour annoncer son retrait – alors que Jean Studer réserve sa décision: «J'annoncerai ma décision dans le courant de la semaine prochaine, plutôt en fin de semaine, explique-t-il au Temps. Il faut encore que je discute avec mes proches, avec mon entourage politique.» Donné perdant par les médias, le socialiste neuchâtelois affirme pourtant que la course au Conseil fédéral n'est pas jouée d'avance: «La seule règle indiscutable que j'ai constatée lors de ces élections, c'est que tout est possible.»

Un socialiste proche de Ruth Lüthi partage cette analyse: «Tout peut se jouer à la dernière minute sur de simples questions d'affinités personnelles. Ruth Lüthi donne l'impression d'être plus proche des campagnes que Micheline Calmy-Rey et cela pourrait séduire certains députés alémaniques.»