« Micheline Rey, Valaisanne d’humble famille, s’est épanouie à Genève en Madame Calmy-Rey, présidente du Grand Conseil. Belle affirmation de ses talents, mais le sommet n’est pas atteint. Le 20 mars, les socialistes genevois décideront en assemblée générale s’ils veulent faire d’elle leur candidate au Conseil d’Etat. Elections dans neuf mois. Mais qui sera arraché à son fauteuil pour faire place à la dame? Christian Grobet voudrait rempiler et c’est une puissance. Bernard Ziegler ne voit aucune raison de partir et c’est une compétence. L’heure a sonné, dit néanmoins Micheline Calmy-Rey, avec une détermination qui impressionne, d’ouvrir les gouvernements aux femmes. Avec elle, avec Christiane Brunner au Conseil fédéral, Genève veut instaurer dans l’histoire lourdement masculine de la Suisse une ère nouvelle.

La discrétion de la candidate fait contraste avec son ambition. En socialiste classique, elle émet des principes plus volontiers qu’elle ne raconte. Elle parle de lutte contre les dérives économiques, d’associations de quartier, de discipline des consommateurs, de résistance au nucléaire, mais hésite à livrer le détail de ses combats. Y eut-il d’ailleurs des combats? Son adhésion sans accroc au socialisme est rapportée comme une évidence. Pas d’hésitation sur la justesse de sa justice, sur la vertu des négociations qui apaisent les chocs, sur la solidarité sociale dont l’Etat doit demeurer l’instrument. Sa cohérence inattaquable est celle des brochures. Si Christiane Brunner est livrée à l’opinion publique et littéralement jetée en pâture, répliquant le verbe haut, Micheline Calmy-Rey, par tempérament et peut-être par instinct politique, préfère à toute confidence le discours où elle met une forte conviction mais se livre peu.

Il faut de l’insistance pour apprendre qu’après l’Institut de hautes études internationales, Micheline Calmy-Rey fut «bonne à tout faire», selon son expression non commentée, dans une entreprise de construction. Qu’elle quitta son emploi pour élever ses deux enfants, une fille, âgée aujourd’hui de 23 ans, qui étudie la médecine, admire l’engagement de sa mère et accomplit un stage au Burkina Faso; un fils de 18 ans voué aux arts, chanson, vidéo, cinéma. Qu’elle travaille avec son mari – qui suit ses activités politiques avec quelque distance – dans une petite entreprise, Careco S. A., important et diffusant des encyclopédies.

Sous la figure que Micheline Calmy-Rey compose avec calme doivent cependant bouillir la passion et la volonté exceptionnelles qui seules ont permis de surmonter les triples obligations de la mère de famille, de la femme professionnelle et, dans ses incalculables séances d’état-major, de la bête politique. »