«Cruella a-t-elle la tête trop dure pour la Berne fédérale?», se demandait la Berner Zeitung dans son édition du 9 octobre. C'est précisément pour éviter ce genre de remarques que Micheline Calmy-Rey, par ailleurs inquiète à l'idée de savoir si elle figurera ou non ce soir sur le ticket gagnant du Parti socialiste, s'est attaché début octobre les services de Simon Hubacher. Peu bavard sur son rôle dans la campagne de Micheline Calmy-Rey pour succéder à Ruth Dreifuss – il n'a pas voulu donner de détails au Temps –, cet ancien journaliste à la tête d'une agence de communication est chargé de gérer le flux de demandes d'entretiens venant de la presse alémanique. La conseillère d'Etat genevoise, au risque de se fâcher avec certains médias romands, a en effet décidé de privilégier la presse d'outre-Sarine, qui le lui rend généralement bien malgré un certain scepticisme relatif à ses connaissances fédérales. Christophe Büchi, journaliste à la Neue Zürcher Zeitung, n'hésite ainsi pas à qualifier sa campagne d'«excellente et de très professionnelle», tout en soulignant qu'il ne faut pas pour autant verser dans une «Calmymania» délirante. «Avec le tempérament qu'elle a, Micheline Calmy-Rey gère elle-même la stratégie à adopter et mise tous ses efforts sur la Suisse alémanique parce qu'elle y est moins connue que Liliane Maury Pasquier», souligne une personne proche de la conseillère d'Etat et du PS.

Une trentaine d'entretiens

La marge de manœuvre de Simon Hubacher est finalement plutôt faible, sa «patronne» n'ayant pas pour habitude de se faire dicter la marche à suivre. Il a cependant insisté pour qu'elle accorde un entretien à la Schweizer Illustrierte, hebdomadaire auquel elle avait dit non, craignant les photos du genre «je pose dans ma cuisine ou avec les filles dans le jardin». Le fils de l'ancien président du Parti socialiste Helmut Hubacher lui a également conseillé de privilégier d'abord les portraits pour n'accepter que plus tard d'évoquer des sujets fédéraux. Une façon de gagner du temps pour approfondir les dossiers.

Lors de sa trentaine d'entretiens avec la presse alémanique, Micheline Calmy-Rey s'est souvent exprimée en allemand. Un allemand qu'elle parle bien alors qu'elle prétend qu'il se rapproche plutôt du «Couchepin Dialekt». Pour la petite histoire, sa toute première rencontre avec un journaliste alémanique dans le cadre de sa campagne ne s'était pas vraiment bien passée. «Comme elle n'a pas pour autant décidé de lâcher un peu de lest au Département des finances genevois, elle n'a accordé que très peu de temps à Viktor Parma, du SonntagsBlick, venu la rencontrer. C'était vraiment limite. En fait, si Micheline Calmy-Rey avait adopté une véritable stratégie de communication, elle se serait sans doute employée à transparaître comme quelqu'un de moins incisif, de plus «rond». Malgré les répercussions positives de sa campagne en Suisse alémanique, elle se soucie quand même de savoir si son image de «quelqu'un qui est là pour changer les choses» ne risque pas de faire un peu peur à certains», poursuit le proche. Le Blick n'a par exemple pas hésité à la qualifier de «dame de fer de Genève», mais l'a fait de façon affectueuse: il attribue la recette de son succès à ses «sourires chaleureux» qui viennent adoucir «sa façon froide d'empoigner les dossiers».