La Suisse a fini par affréter lundi un MD-90 à destination de la Côte d'Ivoire. L'appareil a atterri mardi soir à Bâle après avoir embarqué 130 personnes à Abidjan, dont 24 Suisses. Quelque 50 ressortissants helvétiques avaient été rapatriés précédemment et il en resterait 110 sur place, qui prennent des risques, avertit le DFAE, la situation pouvant s'aggraver. Ce rapatriement n'éteint pas les critiques qui ont fusé sur la façon font l'ambassade de Suisse a géré la crise sur place.

Les événements en Côte d'Ivoire n'ont pas laissé indifférente la Commission des affaires extérieures du Conseil national, qui siégeait lundi et mardi à Berne, avec à son ordre du jour l'examen des Accords bilatéraux bis. Plusieurs questions ont été posées à Micheline Calmy-Rey, qui n'a pas minimisé les épreuves subies par les expatriés, mais qui a réfuté les accusations portées au cours des derniers jours dans la presse sur la manière dont l'ambassade de Suisse à Abidjan a organisé l'évacuation des ressortissants suisses. «La situation a peut-être été évaluée sur place avec trop d'optimisme par les diplomates helvétiques, et il s'est posé à l'ambassade un problème technique de panne de répondeur», a-t-elle en substance concédé aux membres de la commission, qui ont bien dû se contenter de ces explications. Le dossier est très loin d'être clos du côté du parlement et les questions ne manqueront pas au début de la session d'hiver des Chambres fédérales, le 29 novembre.

Manque d'initiative

L'envoi lundi à Abidjan d'un collaborateur de l'Inspection diplomatique paraît montrer que la centrale admet l'existence d'un problème. Les recoupements opérés sur les témoignages de personnes qui suivent de très près l'évolution de la situation locale permettent d'avancer que l'ambassade de Suisse a pour le moins manqué de disponibilité, de réactivité et d'initiative. L'ambassadeur de Suisse en Côte d'Ivoire, Johannes Kunz, également accrédité au Burkina Faso, en Guinée, au Niger et au Cameroun, n'est pas considéré par ses pairs comme un aigle de la diplomatie helvétique, pour résumer sobrement des jugements formulés plus crûment. «Il est devenu ambassadeur parce qu'il avait atteint l'âge requis, on l'a envoyé dans un poste qui avait l'air peinard et les choses ne se sont pas passées comme prévu», commente un connaisseur du sérail.

Un programme d'évacuation des ressortissants nationaux existe dans tous les pays à risques. Un tel programme existait à Abidjan, prévoyant l'évacuation des ressortissants suisses avec le concours des Français. Il était excellent, commente un initié, le seul problème est que les événements ne se sont pas déroulés selon le scénario retenu, en l'occurrence l'arrivée des rebelles jusqu'à Abidjan. Mais le principal reproche adressé aux diplomates en poste est que personne ne répondait au cours de ces jours critiques, ni dans les bureaux de l'ambassade, ni à la résidence. Les informations recueillies à la source recoupent les explications de Micheline Calmy-Rey: le code spécial d'un radiotéléphone n'aurait pas fonctionné. Cela suffit-il à expliquer le manque de disponibilité des diplomates suisses en période de crise? Il semble que personne ne savait où se trouvait l'ambassadeur, au point que certains se demandent même s'il était présent à Abidjan la semaine dernière. Une interrogation levée par les Affaires étrangères, qui affirment que Johannes Kunz était bien à son poste à ce moment-là et qu'il est toujours à Abidjan, où l'ambassade fonctionne avec cinq personnes.

Par rapport aux étrangers d'autres nationalités, les Suisses ne se sont pas sentis soutenus par leur ambassade, comme en témoigne un couple germano-suisse. L'ambassade d'Allemagne a appelé tous les jours, les diplomates suisses une seule fois. Le manque de présence et de réactivité de l'ambassade a empêché de profiter des occasions offertes par les initiatives, soit d'autres pays, soit des entreprises évacuant leur personnel. Un certain nombre de places ont été disponibles sur plusieurs appareils, dont, jeudi soir, trente sur un avion affrété par une société française, sans qu'il soit possible, faute d'organisation, d'avertir des candidats au départ.