Un pas de plus va être franchi. Après la nomination, fort discrète, de Benoît Girardin, coopérant de la Direction du développement et de la coopération (DDC) comme diplomate à Madagascar (LT du 23.08.2003), voilà que Micheline Calmy-Rey propulse un autre représentant de la DDC au rang suprême de la diplomatie cette fois, celui d'ambassadeur. Comme l'a souligné récemment La Liberté, il prendra la tête de l'ambassade de Suisse au Mozambique. Sa nomination ne sera officiellement confirmée par le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) que lorsqu'elle aura été avalisée par le Conseil fédéral et que le Mozambique aura répondu favorablement. Micheline Calmy-Rey espère obtenir l'agrément du Mozambique lors de son périple africain. Elle s'envole ce mercredi pour l'Afrique du Sud et se rendra au Mozambique du 21 au 23 février. Le pays est l'un des principaux bénéficiaires de l'aide suisse au développement qui lui consacre plus de 35 millions de francs par année.

Diplomates agacés

Cette nomination confirme les synergies que la cheffe de la diplomatie compte tisser entre les deux entités supposées rivales du DFAE (diplomates et coopérants). Si ce type de synergies apparaît comme logique – des coopérants ne seront nommés ambassadeurs que dans des pays où l'aide suisse revêt une importance toute particulière –, il a le don d'agacer certains diplomates, fâchés de voir leur carrière ainsi court-circuitée. Les «Quereinsteiger» n'ont jamais été bien perçus au sein du sérail et le conseiller fédéral Flavio Cotti avait déjà donné quelques sueurs froides aux diplomates en nommant des chefs d'entreprise comme ambassadeurs.

D'autres nominations du même acabit devraient suivre. Micheline Calmy-Rey a repéré une «demi-douzaine» de pays où une fusion entre le bureau de coopération et l'ambassade est envisageable, avec éventuellement la nomination d'un coopérant comme diplomate à la clé. En Afrique australe, en Asie, en Amérique latine et même en Europe de l'Est. A Madagascar, Benoît Girardin est bien responsable de la représentation suisse – il est à la fois en charge du pilotage stratégique du programme de la DDC et des dossiers diplomatiques – mais il n'a pas le titre d'ambassadeur. Car il dépend de l'ambassadeur Thomas Füglister, en poste à Dar es-Salaam (Tanzanie). Le cas de figure mozambicain est différent. Selon nos informations, le nouvel ambassadeur ne sera autre que l'actuel chef du bureau de coopération à Maputo. L'ambassade de Suisse était jusqu'à présent, et depuis 2001, dirigée par l'ambassadeur Rudolf Bärfuss, diplomate de carrière, également responsable de la mission suisse en Angola. En nommant un coopérant ambassadeur, Micheline Calmy-Rey souligne sa volonté de responsabiliser davantage des spécialistes de l'aide au développement et de la coopération. Avant Rudolf Bärfuss, le chargé d'affaires à Maputo était déjà un coordinateur de la DDC, mais il dépendait de l'ambassadeur en poste à Harare (Zimbabwe).

Hormis le futur nouveau chef de l'ambassade de Suisse au Mozambique, deux responsables de la DDC ont déjà le titre d'ambassadeur: le directeur Walter Fust, diplomate de carrière, mais également Remo Gautschi, directeur suppléant, qui n'a jamais baigné dans le monde de la diplomatie.