Brexit

Micheline Calmy-Rey: «La Suisse ne doit pas courir à Bruxelles!»

Pour l'ancienne présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey, le Brexit est une chance pour la Suisse. Interview en marge d'une table ronde du Global Studies Institute de l’Université de Genève

Le Temps: Votre analyse a suscité beaucoup de critiques. Cela ne vous dérange pas de vous retrouver sur la même ligne que l’UDC?

Micheline Calmy-Rey: C’est faux! Comme européenne fervente, je déplore le Brexit, mais je pense que ce vote ouvre toutes les options pour la Suisse. D’autres que moi et non UDC le disent, et vous verrez que ces prochains jours, certains sortiront du bois. Je dis simplement que la Grande-Bretagne va se trouver dans la même situation que la Suisse à devoir négocier la libre-circulation des personnes et le maintien de son l’accès au grand marché européen. Soit elle négocie son costume sur mesure, c’est-à-dire des accords bilatéraux, soit elle rejoint l’AELE, qui en sortirait renforcée. Pour la Suisse, tout est ouvert. Comme je suis optimiste, je pense que c’est une chance.

- Vous pensez vraiment qu’au lendemain du Brexit, l’UE n’aura rien de mieux à faire que de s’occuper du dossier suisse?

- La Suisse ne doit pas courir à Bruxelles dans les trois jours en espérant régler les choses! Si elle le fait, elle prend le risque d’affaiblir inutilement sa position dans les négociations. Il faut attendre.

- Sauf que le délai d’application de mise en oeuvre de l’initiative «contre l’immigration de masse» court jusqu’au 9 février prochain!

- En effet, mais le Conseil fédéral peut prendre des mesures transitoires par voie d’ordonnance. Ou alors soutenir le contre-projet à l’initiative Rasa (ndlr: qui propose une voie médiane pour respecter les accords bilatéraux tout en limitant l’immigration)? Mais dans l’immédiat, il est urgent que le Conseil fédéral renforce les mesures d’accompagnement, il n’a déjà que trop tardé! Il faut rendre la liberté de circulation des personnes supportable pour les gens, au lieu d’offrir un projet néolibéral. Sinon, il risque de perdre le prochain vote.

- Avec le Brexit, vous ne craignez pas un démantèlement de l’UE?

- Cela dépendra de sa capacité à se réformer. En son sein, deux visions s’affrontent: ceux qui veulent davantage d’intégration, de solidarité sur les migrants, de politiques communes, et ceux qui veulent donner la priorité aux intérêts nationaux, à la gouvernance inter-étatique, au contrôle de l’immigration. A les laisser coexister sans clarifier sa position, l’UE prend un grand risque. Elle doit aussi réformer ses institutions, car elle fonctionne sur un modèle hégémonique. Elle souffre aussi d’un déficit de démocratie manifeste, alors qu’elle devrait entendre les peuples qui craignent pour leur emploi, leur logement, leur culture.

- Au fond, c’est son libéralisme que vous fustigez?

- Les politiques ultralibérales ont fâché nombre de gens qui n’étaient pas des eurosceptiques. Le Brexit est un vote anti-élitaire sur la globalisation qui cristallise les colères. La Suisse doit attendre de voir si l’UE redéfinit son projet européen et comment y participer d’une manière ou d’une autre. Si l’UE devait sortir de son modèle binaire (dedans ou dehors), la Suisse pourrait peut-être devoir à la Grande-Bretagne de pouvoir poursuivre la voie des bilatérales.


Lire aussi :

Publicité