Le projet apparaît hors sujet: constituée en 1994 pour formuler une solution au conflit institutionnel jurassien, l'Assemblée interjurassienne (AIJ) s'engouffre derrière une idée de son nouveau secrétaire général, le Neuchâtelois Michel de Perrot, et préconise la création de l'Arc jurassien des microtechniques. Elle souhaite arrimer le Jura et le Jura bernois au pôle neuchâtelo-vaudois et à ses instituts de formation et de recherche que sont l'EPFL, l'Institut de microtechnique de l'Université de Neuchâtel et le Centre suisse d'électronique et de microtechnique (CSEM) à Neuchâtel. Objectif de Michel de Perrot et de l'AIJ, développé mercredi à Neuchâtel: que le partenariat d'intérêts des cantons de Vaud, de Neuchâtel, de Berne (pour le Jura bernois) et du Jura «confère une visibilité forte au concept d'Arc jurassien des microtechniques». Berne et le Jura soutiennent la démarche, les gouvernements vaudois et neuchâtelois n'ont, pour l'instant, été qu'informés. Le projet doit par ailleurs s'inscrire dans la nouvelle politique régionale de la Confédération.

A l'exception d'une pyramide qui définit les fonctions des partenaires (les instituts de recherche au sommet, puis les cantons pour permettre le transfert de technologies, et enfin le vaste réseau de PME), le concept n'est qu'embryonnaire. Un rapport plus détaillé est promis en 2005, pour autant que, d'ici là, ce que l'AIJ appelle «les contacts exploratoires» avec la Confédération et les cantons de Neuchâtel et de Vaud aboutissent à la volonté de créer l'Arc jurassien voulu par Michel de Perrot. Qui plaide en faveur de l'émergence d'un «réflexe Arc jurassien, favorable à de nouvelles politiques concertées dans des secteurs d'activités autres que la microtechnique».

«Nous sommes une force de proposition»

Reste à se demander pourquoi l'Assemblée interjurassienne, qui peine à réaliser son mandat institutionnel berno-jurassien, lance un tel projet à l'échelle de la Suisse romande. «Nous sommes une force de proposition, rétorque le président de l'AIJ, le Valaisan Serge Sierro. Nous entendons donner un sens à la communauté jurassienne, et les microtechniques constituent un domaine de compétences reconnu. C'est pleinement dans notre mandat: l'Accord Berne-Jura du 25 mars 1994 assigne à l'AIJ de résoudre le conflit politique, mais aussi de réaliser des institutions susceptibles de promouvoir les intérêts de la communauté jurassienne. Ce que nous faisons ici.»

Enthousiasme mesuré

Sans grand enthousiasme, les coprésidents Walter von Känel et Jean-Marc Veya appuient leur président et leur secrétaire, le premier, patron radical de l'entreprise Longines à Saint-Imier, insistant sur la communauté d'intérêts des deux Juras, le second, fonctionnaire socialiste du canton du Jura, affirmant que, «pour régler un problème institutionnel, il faut proposer un réel développement de la région concernée».

Et si l'Assemblée interjurassienne, qui a mis près de dix ans pour opérer la réconciliation politique des deux Juras, devenait soudain boulimique? En plus de son projet d'Arc jurassien des microtechniques, l'AIJ s'est engagée dans le délicat exercice d'étudier ce que serait un nouveau canton des six districts, réunissant le Jura et le Jura bernois. Son leader, Walter von Känel, a promis de rendre sa copie le 31 décembre 2006. L'AIJ tiendra une séance décisive le 12 novembre à Moutier, tout juste dix ans après sa séance inaugurale, où elle arrêtera la méthode de travail: douze mois de recherches et de réflexions académiques, puis douze mois de débats. «Cette étude constitue la tâche prioritaire de l'AIJ», note Walter von Känel, relativisant ainsi le projet de grande région des microtechniques.