Davantage de participation et plus d’argent: voilà en deux mots les pistes suggérées pour raviver la flamme éteinte des fusions de communes dans le canton de Vaud. Mais cela ne suffira probablement pas sans un travail en amont sur l’architecture de chaque projet spécifique. Trop souvent, c’est au seuil du vote populaire que l’on découvre avec effarement que les localités concernées sont trop dissemblables ou incompatibles. Et quand on sait que le non d’une seule commune peut tout faire capoter, on comprend la nécessité de labourer en profondeur l’inconscient collectif.

Absorbés par les calculs des taux d’imposition, par le remaniement des administrations respectives ou par l’enthousiasme caractéristique des missions historiques, on oublie parfois de se demander si telle commune pourra coexister avec telle autre. La proximité géographique n’est pas une sinécure. Les nombreuses collaborations intercommunales non plus. Et la logique imparable du rapprochement invoquée face aux défis contemporains est parfois impuissante face aux contentieux qui divisent.

Ces derniers mois, les votes populaires ont stoppé net le bel élan qui a permis en dix ans de créer 25 nouvelles localités réduisant leur nombre de 381 à 311. Le 25 janvier a sonné le glas de trois projets soumis aux citoyens des localités concernées sur la Côte et dans le Nord vaudois. Ajouté aux quatre échecs (sur six projets) au mois de novembre 2014, il y a en avait assez pour déclencher des velléités de réforme du régime en place depuis l’adoption de la nouvelle Constitution en 2003 favorisant les regroupements.

Le jour du scrutin, Béatrice Métraux, conseillère d’Etat des Verts responsable du dossier, évoquait déjà des changements. Le Parti socialiste vaudois lui emboîte désormais le pas avec un postulat déposé au Grand Conseil qui exhorte le gouvernement à revoir le système actuel.

L’idée est de mieux bâtir les fusions et renforcer leurs assises démocratiques. On envisage en outre de relever le soutien financier de l’Etat. On suggère également de donner l’opportunité aux communes qui le souhaitent de redémarrer au plus vite et plus simplement la démarche de fusion mise en échec dans les urnes.

Au-delà des particularismes locaux, le décalage entre les objectifs des autorités et les attentes des citoyens sont à l’origine des refus essuyés. Une étude de l’Institut de hautes études en administration publique de l’Université de Lausanne (Idheap) réalisée par Nils Soguel et Florian Chatagny de 2006 met en exergue le poids de ce facteur.

Sur le terrain, cet écart nourrit parfois des oppositions virulentes. Associée à la perte d’identité communale ressentie comme intolérable, l’incompréhension peut dégénérer. Ce fut le cas au cours de la campagne qui a condamné la réunion de neuf communes de la région Asse-et-Boiron sur la Côte vaudoise le 25 janvier.

La méfiance quasi atavique à l’égard des élus, tous des miliciens au demeurant, trouve là un terreau fertile d’expression. Chose curieuse cependant, d’anciens édiles comptent souvent parmi les plus hostiles aux fusions. Ce qui doit renvoyer à des complexes dont la psychanalyse seule pourrait tenter une interprétation.

Plus terre à terre, le recours à davantage de participation, l’exigence de quorums plus élevés lors des votes des parlements communaux ainsi que des incitations financières accrues devraient relancer les projets de fusion, fruits de la volonté exclusive des communes, dans le plus pur esprit helvétique de «Willensnation». L’Etat, lui, encourage, offre ses services, mais ne contraint pas.

Mais plus encore, il faudra prendre le temps de mieux calibrer les projets de fusion. Quitte à les transformer, à les différer, voire à les abandonner. Avant que les citoyens se chargent de tout balayer dans les urnes.