Budget participatif

Mieux vivre en ville: Lausanne donne la parole aux habitants

Né au Brésil, le concept de budget participatif a conquis de nombreuses villes européennes. Lausanne, première localité romande à lancer un appel à projets citoyens, allouera à cette fin 600 000 francs sur trois ans

Qui de mieux placé pour améliorer la qualité de vie dans les quartiers que les habitants eux-mêmes? S’inspirant de plusieurs villes européennes et sud-américaines, Lausanne a présenté lundi son premier budget participatif. Elle fait ainsi figure de pionnière en Suisse romande, assurent les autorités, seule la commune zurichoise de Kloten planchant sur un concept similaire.

Jusqu’au 30 avril, les citoyens peuvent soumettre des propositions visant à rendre leur quartier plus vivant, plus agréable au quotidien. La ville alloue un maximum de 20 000 francs par projet. Pour la première année, 100 000 francs seront débloqués, 200 000 francs la deuxième et 300 000 francs la troisième. La population choisira les projets à réaliser avec les montants disponibles.

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Décider où va l’argent public

Cette opération a pour but de créer une nouvelle dynamique entre les autorités et la population, celle-ci ayant l’opportunité de décider en partie à quelles fins allouer un certain budget, a expliqué David Payot, le conseiller municipal (POP) chargé de l’enfance, de la jeunesse et des quartiers.

Il y a toutefois certaines conditions: le projet doit concerner un quartier, être porté par un groupe d’au moins trois habitants (sorte de «mini-communauté»), qui doivent récolter la signature de dix parrains (des personnes qui ont un intérêt à le voir se réaliser), et ne pas poursuivre de but lucratif.

Soutien de la Confédération

Cette première phase doit déclencher un bouillonnement d’idées auprès de la population, mais pas seulement. «L’appel à projets porte aussi sur la mise en œuvre de ces propositions», a souligné David Payot. Pour éviter que tous les projets ne soient lancés par les mêmes collectifs, des spécialistes de la cohésion sociale et de l’urbanisme (l’Association Reliefs et l’Atelier Olga) se rendront sur le terrain pour aider les habitants à formuler leurs idées. Cet accompagnement est financé par la Commission fédérale des migrations (234 000 francs), cette initiative étant ouverte à un public de tous horizons.

À quelles propositions la ville s’attend-elle avec 20 000 francs par projet, une somme modeste? «Espaces verts, amélioration de certaines infrastructures, bibliothèques publiques, événements culturels au sein de quartiers, lieux de rencontres», énumère David Payot sans vouloir trop en dire, pour «laisser la population porter les idées». Une fois les propositions déposées (en ligne), la ville devra sélectionner celles qui correspondent aux critères, sont faisables et légales. «Si les projets doivent être compatibles avec la politique de la municipalité, les citoyens ont aussi l’occasion de l’orienter», a assuré l’édile.

Convention avec les autorités

De mi-juin à fin septembre, un bus citoyen sillonnera la ville pour présenter les projets sélectionnés et inciter la population à choisir ceux qu’ils souhaitent voir se concrétiser. Le vote se fera en ligne ou dans des urnes spécialement disposées à cet effet dans les quartiers. Les autorités ont également mis sur pied une campagne d’affichage, un clip vidéo et un site pour faire connaître la démarche. Les projets lauréats seront mis en œuvre dès octobre par leurs initiateurs, qui signeront une convention avec la ville et seront appuyés par celle-ci. Le budget participatif pourra être reconduit selon le bilan tiré après les trois ans de phase pilote.

Que la Municipalité puisse lancer son projet de budget participatif n’était pas gagné d’avance. Le conseil communal l’a accepté de justesse fin novembre. La gauche comme la droite s’étaient montrées sceptiques: trop peu ambitieux pour la première qui demandait un budget de 10 à 15 millions, trop vague pour le camp bourgeois. La socialiste Latha Heiniger critiquait le fait que la Ville ne propose qu’une simple politique de subventionnement, sans laisser les citoyens réellement décider.

Instauré au Brésil en 1989 après la dictature militaire, le budget participatif a connu un succès grandissant depuis la fin des années 1990. Il est désormais largement utilisé en Europe comme instrument démocratique, notamment à Paris et à Grenoble.

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