C’est le nouveau cauchemar des compagnies ferroviaires et des gardes-frontière: des migrants se cachent dans des trains de marchandises en provenance d’Italie pour gagner l’Allemagne par l’Autriche ou par la Suisse. Cette méthode extrêmement dangereuse, principalement utilisée par des Africains, peut mal se terminer. Selon le journal allemand Die Welt, qui l’a révélée en début de semaine avant qu’elle soit évoquée par Blick, deux fugitifs se sont fait écraser à leur arrivée en Allemagne par le camion sous lequel ils s’étaient tapis.

Lire aussi: L’article original de Die Welt

L’antenne munichoise de la police fédérale allemande a recensé 270 cas depuis octobre. L’axe le plus utilisé par les migrants est celui du Brenner, en Autriche. La police allemande a cependant indiqué à Die Welt que, depuis fin novembre, 60 cas ont été repérés à la frontière germano-suisse sur des convois qui se dirigeaient vers Stuttgart.

Le porte-parole du Corps des gardes-frontière (Cgfr), David Marquis, confirme. «Le Cgfr constate depuis décembre des cas de migrants qui tentent de traverser la Suisse en grimpant sur des trains marchandises». Il ne donne pas de chiffre précis mais parle de «quelques dizaines au maximum». «Ce n’est cependant qu’une petite partie des personnes que le Cgfr intercepte en situation de séjour illégal», ajoute-t-il.

Dans les roues de secours

Le Cgfr dit avoir réagi et adapté ses contrôles à cette nouvelle situation, en collaboration étroite avec les autorités allemandes et les opérateurs suisses, principalement les CFF, BLS et la société RAlpin, spécialisée dans le chargement de camions complets sur le rail. Ce sont en effet ces convois-là, davantage que les containers, qui seraient privilégiés par les migrants.

Comme l’explique Die Welt, ils se réfugient surtout dans les roues de secours accrochées aux camions. Lors du voyage, ils sont ainsi cachés entre la plate-forme du wagon et le poids lourd. Pour faire face au froid, ils s’enroulent dans des couvertures. Die Welt cite un rapport interne de la police fédérale, qui rapporte le témoignage de l’un d’eux. Celui-ci explique qu’il a eu connaissance de cette possibilité de déplacement clandestin dans un centre de réfugiés en Italie et qu’il s’est emmitouflé dans deux couvertures pour l’expédition. Son but était bien de gagner l’Allemagne en franchissant la barrière alpine.

Aussi par le Lötschberg

En Suisse, il n’y a heureusement eu aucun accident jusqu’à maintenant. Mais cela peut arriver n’importe quand. L’affaire préoccupe les opérateurs. «Il semblerait que ces migrants transitent principalement par l’axe du Brenner et plus rarement par la Suisse, mais nous observons très attentivement la situation», indique Donatella Del Vecchio, porte-parole des CFF.

BLS Cargo est confronté au même problème, révèle au Temps Stefan Dauner, porte-parole de la compagnie BLS. «C’est depuis le mois de décembre 2016 que nous avons constaté qu’un certain nombre de migrants essayaient de traverser la Suisse en empruntant de manière clandestine des trains de marchandises BLS Cargo. Ces voyages clandestins sont très dangereux pour les migrants. Dans le souci d’éviter tout incident, nous apportons donc notre soutien actif au corps de gardes-frontière, qui a intensifié ses contrôles», explique-t-il. Les CFF disent la même chose.

Si, en Suisse, l’axe du Gothard est le plus direct entre l’Italie du Nord et l’Allemagne, celui du Lötschberg est concerné. Afin de préserver la confidentialité de la «tactique d’engagement» du Cgfr, David Marquis ne le confirme pas. Mais Stefan Dauner le fait: «Le Lötschberg est également touché.»

Die Welt relève en effet que ces clandestins entament leur voyage à Vérone, au sud du Brenner, ou à Domodossola. Or, cette deuxième gare est la porte d’entrée sud de la ligne Simplon-Lötschberg. Dans Blick, le conseiller national Roland Büchel (UDC/SG), qui avait interpellé le Conseil fédéral à ce sujet en décembre, attend du Cgfr des contrôles nettement plus serrés.