Les migrants, derniers des sans-abri

Asile Les autorités exigent la fermeture d’un campement de fortune à Renens

Ils sont une trentaine, ce mercredi après-midi, à tuer l’ennui dans le jardin du Sleep-in à Renens. La nuit, en plus des 24 sans-abri logeant à l’intérieur de la maison, destinée à accueillir des personnes à la rue, ils étaient jusqu’à 60-70 migrants selon les estimations, ces dernières semaines, à se partager l’espace à ciel ouvert. Après avoir dormi dans les buissons ou sur un quai de gare, ils ont trouvé dans ce jardin planté au milieu d’une friche industrielle un lieu abrité des regards et des contrôles. Pour le moment. Les villes de Lausanne et Renens ont décidé de mettre fin à l’occupation du site.

Les autorités réclament la fermeture du campement d’ici au 30 août. Elles espèrent assister à des «départs naturels» dans les jours qui viennent et éviter la venue de nouveaux arrivants en érigeant des barrières autour du jardin. Dès la semaine prochaine, un veilleur de jour devrait s’assurer que personne ne s’installe aux abords de la maison. Après la date butoir du 30 août, la police contrôlera l’identité de ceux qui seraient restés sur place.

L’association Sleep-in, subventionnée par la ville et le canton à hauteur de 745 000 francs par an, ne «procédera pas elle-même à l’évacuation» des lieux, affirme-t-elle mercredi. «Les autorités comptent déloger des gens qui vivent dans un jardin pour les mettre à la rue, au prétexte que l’hygiène et la sécurité ne sont pas assurées. Mais nous ne voyons pas en quoi cela améliorera leurs conditions», souligne l’association dans un communiqué.

Structures manquantes

La surcharge du Sleep-in ne date pas d’hier. Elle a pris un nouveau tour depuis que l’association responsable a cessé de réclamer aux campeurs de quitter les lieu x . «Notre mandat n’inclut pas un boulot de flicage», souligne Romain Mouron. Pour ce veilleur au Sleep-in, le campement de fortune est un symptôme du manque chronique de places dans les structures d’hébergement d’urgence.

Dès le mois d’avril, lorsque l’abri de la protection civile de la Vallée de la Jeunesse ferme ses portes, Lausanne compte 65 lits en moins. Entre la Marmotte et le Sleep-in, quelque 55 places sont distribuées par le Service social de Lausanne, en priorité aux résidents de la région, puis aux plus vulnérables (femmes, personnes âgées, enfants, malades) et en dernier lieu, aux autres sans-abri: souvent des hommes entre 20 et 40 ans, sans papiers, ou provenant d’autres cantons. «Faute de place adaptée, il est normal que les migrants bénéficient de ces lieux également», considère Romain Mouron. «Nous avons réclamé la création de nouvelles structures d’accueil, mais les autorités restent muettes», regrette un travailleur social, venu soutenir les migrants, récemment constitués en un collectif.

«Les personnes en situation précaire relevant du domaine de l’asile ne sont pas du ressort de la commune, mais du canton», estime de son côté le municipal popiste de Renens Didier Divorne, qui exhorte le Grand Conseil vaudois à proposer des solutions pour remédier au manque de solutions d’accueil.

Les campeurs, soutenus par quelques individus de milieux associatifs, comptent-ils entrer en résistance? Personne ne s’avance pour l’instant. Le Collectif Droit de rester exige «des solutions pour les gens du jardin» qui «luttent pour le droit de vivre dignement». La plupart d’entre eux sont de jeunes hommes sans papiers ou au bénéfice d’un permis européen leur donnant le droit de résider 90 jours en Suisse. Beaucoup ont d’abord tenté leur chance en Italie ou en Espagne.

John, 35 ans, a passé un an à Milan avant de prendre le train pour Lausanne. Le Nigérien travaillait sur un chantier en Italie. «Un jour, ils ont dit aux travailleurs noirs de partir, car ils seraient remplacés par des Italiens.» Muni d’un permis de résidence européen, c’est la deuxième fois qu’il fait l’aller-retour entre la Suisse et l’Italie. «Tout ce que j’ai trouvé jusqu’à présent, c’est un job au noir.» Il travaille quelques jours par mois pour un service de transport maritime de containers entre Genève et l’Afrique, payé entre 30 et 50 francs la journée. Mustapha a passé sept ans en Italie avant de rejoindre la Suisse: «Nous n’avons nulle part où aller. Alors nous prions pour qu’une meilleure solution émerge.»