Le Valaisan a un «cœur pur» de montagnard. Derrière sa réserve, il est «authentique et franc». C’est ainsi que le livre Valais, corps & âme paru en 2009 décrit l’identité valaisanne, sur la base d’une étude réalisée auprès des Valaisans. «Car il s’agit bien d’un monde à part qui se déploie au sud de la Confédération, protégé au sein de son archipel de sommets. Un monde, serein et accompli, qui ne manque pas d’évoquer une île», poursuit la description.

Une identité revendiquée ces derniers mois par certains Valaisans qui, ulcérés des dernières votations suisses sur l’aménagement du territoire, envisagent que le canton fasse sécession. Revendiquée encore il y a deux mois, avec une pointe d’humour, quand une agence de communication crée un passeport valaisan. «Affirme ton identité», enjoint-elle sur son site internet. Une identité définie surtout autour du terroir, entre autres par la consommation de fendant et de raclette ou la possession d’une partie d’une vache d’Hérens.

Au-delà du gag, de la mythologie touristique ou du discours politique, la réalité du Valais est tout autre. Profondément métissée, avec quelque 68 000 étrangers pour 320 000 habitants. Sans compter ni les travailleurs saisonniers, ni les personnes naturalisées, le canton compte 20,1% d’étrangers, un chiffre exactement dans la moyenne suisse. Le Temps est allé à la rencontre de ce Valais multiculturel, de la fromagerie de montagne à une cour d’école ou une colonie portugaise sédunoise.

Un fromager français

Laiterie d’Evolène. Michel Métrailler est fromager dans le val d’Hérens depuis trente-deux ans. Pour la première fois de sa carrière, il avait réussi cette année à trouver un apprenti. Mais le jeune Valaisan vient de jeter l’éponge. Son assistant depuis huit ans est Français. «Il est difficile de trouver des fromagers», explique Michel Métrailler. «A Saint-Martin, ils cherchent quelqu’un depuis une année et demie», ajoute son assistant.

«Le terroir dont les Valaisans sont si fiers est souvent entretenu par des gens venus d’ailleurs», note Thierry Amrein, ethnologue et co-auteur de Racines et Boutures, une étude sur la migration et l’identité dans le Bas-Valais parue en 2012. «Même dans les vallées les plus «authentiques» du canton comme le val d’Anniviers, dans certains villages 50% des habitants ne sont pas originaires de la région.»

Métissage scolaire

Cour de l’école primaire des Collines, Sion. Les enfants ont ici autant de couleurs de peau qu’il est possible d’en imaginer. «Ce métissage est une réalité pour nous depuis au moins quinze ans», explique Francine Casal, responsable de l’école. Elle ne compte plus les élèves étrangers de sa classe. «J’accueille mes élèves au début de chaque année sans me poser cette question», explique cette Saviésanne, mariée à un Valaisan d’origine espagnole.

A Sion, en 2012, une personne sur trois est étrangère. Comme dans les autres villes du Valais romand. «Les migrants viennent pour travailler, c’est pourquoi ils s’installent surtout en plaine ou dans les stations», explique Jacques De Lavallaz, chef du Service de la population et des migrations de l’Etat du Valais. «Cette migration importante est le signe d’une bonne santé économique.»

Ici, les enseignants disent s’être adaptés facilement à cette réalité. «Nous sommes très bien entourés par l’Etat qui nous donne toute l’aide nécessaire avec des cours de français pour les enfants qui viennent d’arriver, des médiateurs scolaires», estime Francine Casal. Les enfants peuvent aussi suivre des cours dans leur langue maternelle en dehors des heures de classe.

Colonies portugaises

Une des quatre colonies portugaises de Sion. Manuel Do Carmo est en Valais depuis trente-quatre ans. Son salaire d’ouvrier agricole lui donne juste de quoi se payer un studio sur l’une des grosses avenues sédunoises. Son ami depuis trente ans, José Almendra, vient de perdre son travail dans l’une des plus grandes entreprises de construction du canton. A cause de la Lex Weber, dit-il. A 59 ans, il est au chômage et dans ce cadre travaille pour la voirie de Sion.

Eux font partie des premiers Portugais arrivés en Valais. Depuis, la population portugaise a explosé. Ils étaient 7000 dans les années 2000, ils sont 22 000 en 2011. Une augmentation liée aux accords de libre circulation des personnes et aux difficultés du Por­tugal. «L’Espagne a connu un important essor économique lié à son entrée dans l’Europe, tandis que les régions agricoles du Portugal sont restées très pauvres», explique Jacques De Lavallaz. Les ouvriers sont venus d’abord pour l’agriculture puis pour la construction. «Dans le cas des Portugais qui représentent un tiers de la population étrangère en Valais, il y a un risque de ghettoïsation. Ils peuvent par exemple répondre à tous les besoins de leur vie quotidienne sans avoir à parler le français», poursuit-il. Dans le village d’origine de José Almendra, il n’y a plus que des retraités. «J’ai plus d’amis ici qu’au Portugal», note-t-il.

Cent nationalités

Journées des cinq continents, Martigny. La place du Manoir est en ébullition pour fêter les vingt ans de la plus grande fête de l’intégration du canton. «Le discours dominant en Valais, aussi bien savant que politique, a tendance à «invisibiliser» les personnes issues de la migration», écrit Thierry Amrein dans Racines et Boutures. Les Journées des cinq continents rendent visibles les quelque cent nationalités qui se côtoient dans cette petite ville de 11 000 habitants. Ici, un homme sur deux est étranger. «Pour vivre ensemble, il faut mettre en lumière cette réalité métissée et favoriser l’expression de la diversité», estime le fondateur du festival, le danois Mads Olesen.

«L’identité, c’est comme les couches d’un oignon que l’on pèle et auquel il ne reste rien à la fin. Je préfère travailler avec la réalité multi­ethnique. En misant sur une programmation culturelle de haut niveau, on parvient à transcender la question des origines. On évite ainsi une fête de l’intégration qui ne rassemblerait que ceux qui sont concernés par cette question», poursuit-il.

Vendredi et samedi, ce sont quelque 25 000 personnes qui viendront aux concerts de musiques du monde. Toujours gratuits, pour les rendre accessibles à tous.

www.5continents.ch

Les Journées des cinq continents rendent visibles les quelque cent nationalités qui se côtoient à Martigny