Asile

Les migrants de St-Laurent déménagent à la chapelle Mon-Gré

A Lausanne, la paroisse catholique du Sacré-Cœur accueille depuis mardi matin dix demandeurs d’asile qui occupaient jusqu’ici l’église de St-Laurent

Un accueil et non plus une occupation d’urgence. Depuis mardi matin, dix requérants d’asile ont trouvé refuge à la chapelle Mon-Gré, au centre-ville de Lausanne. «De plein gré et malgré les réticences» de sa hiérarchie, le curé, Gabriel Pittet, a ouvert les portes de sa paroisse aux protégés du Collectif R, menacés de renvoi dans le cadre des accords de Dublin, donc vers le premier pays européen par lequel ils sont arrivés. Jusqu’ici, les migrants occupaient illégalement un local de l’église St-Laurent, érigé en refuge depuis le 8 mars 2015. Les membres du collectif, à la recherche d’une solution de relogement depuis plusieurs mois, ont exprimé leur soulagement.

Neuf hommes et une femme, originaires d’Afghanistan, d’Ethiopie ou encore d’Iran: les nouveaux habitants découvrent à peine les locaux situés au 19 boulevard de Grancy. A ce jour, l’occupation des lieux est prévue pour une durée indéterminée, mais des discussions sont prévues pour réévaluer la situation à moyen terme.

«Après avoir été approché par le collectif, le Conseil de paroisse a décidé à l’unanimité d’offrir un toit aux migrants», explique sa présidente, Lucienne Giordano, qui souligne au passage l’engagement des nombreux bénévoles qui se relayent jour et nuit aux côtés des réfugiés et leur propose diverses activités. Récemment, la chapelle Mon-Gré avait déjà accueilli une famille rom, qui, depuis, a quitté le pays.

«Chaque personne qui reste est une victoire»

Un an après l’ouverture du refuge St-Laurent, le Collectif R, qui milite pour un moratoire des renvois dits «Dublin», affirme avoir pu empêcher 61 expulsions. Autant de personnes qui ont ainsi évité un renvoi vers l’Italie, la Grèce ou la Hongrie. «Grâce à la protection physique qu’offrent les murs de l’Eglise et à l’action d’une vingtaine de parrains et marraines qui hébergent des réfugiés à leur domicile», précise Annabel Glauser, du Collectif R.

«La désobéissance civile n’est pas un caprice mais une nécessité éthique», renchérit son camarade Pierre Kohler, qui refuse d’être «passivement complice d’une politique d’asile injuste et indigne». En 2015, les autorités vaudoises ont renvoyé 162 personnes. Au niveau suisse, ce chiffre s’élève à 2461, pour les «cas Dublin»

Lire aussi: A Lausanne, six réfugiés dans une église

Mardi après-midi, le Collectif R a interpellé le Grand Conseil pour l’encourager à faire appliquer une résolution votée le 12 mai 2015, qui a jusqu’ici été «ignorée» par le Conseil d’Etat. Le texte demande l’arrêt des renvois vers l’Italie et la prise en compte de la situation personnelle de chaque demandeur d’asile. Les bénévoles mèneront également une action de sensibilisation ce week-end pour aller à la rencontre des habitants du quartier.

«Ici, on trouve un accueil humain, une convivialité», se réjouit Alain Tito, l’un des dix réfugiés de Mon-Gré. Pour cet homme de 44 ans originaire de la République démocratique du Congo, le geste de la paroisse catholique représente une opportunité d’intégration. «Je remercie cette main tendue qui nous empêche d’être ballottés de pays en pays en vertu de mécanismes légaux très rigides.»

Lire aussi: Après l’église, l’Université est occupée par les migrants

Contactée par téléphone, Evi Kassimidis, porte-parole de l’Etablissement vaudois de l’accueil des migrants, n’était pas au courant du déménagement. Elle précise que l’EVAM délivre l’aide d’urgence à toutes les personnes désignées comme bénéficiaires par le Service de la population. La prise en charge comprend notamment l’hébergement, l’alimentation et l’assurance maladie.

Publicité