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Migrants: comment la Suisse fait face

Les cantons cherchent des solutions pour accueillir les migrants. Des voix s’élèvent pour réclamer davantage de solidarité

Migrants: comment la Suisse fait face

Asile Les cantons cherchent des solutions pour accueillirles migrants

Des voix s’élèvent pour réclamer davantage de solidarité

La police saint-galloise s’attendait à un «afflux massif» de réfugiés en provenance de Vienne et Budapest. Ils n’étaient finalement que vingt, en fin d’après-midi, à rejoindre Buchs, première gare après la frontière avec l’Autriche. En provenance de Syrie, du Bangladesh et d’Afghanistan, ils ont été conduits dans un centre pour requérants d’asile. «C’est une journée tout à fait normale. Même plutôt calme. Durant les deux derniers mois, nous sommes passés de 20 à 170 arrivées hebdomadaires», explique Hanspeter Krüsi, porte-parole de la police cantonale.

La plupart des cantons de Suisse observent une hausse exceptionnelle des demandes d’asile au cours des dernières semaines. Ils s’attendent à ce que le flux reste tendu durant les mois à venir: le Secrétariat d’Etat aux Migrations table sur 29 000 demandes d’asile d’ici à fin 2015, une hausse de 18% par rapport à l’an dernier. La moitié des migrants qui arrivent ces derniers mois en Suisse répondent aux critères d’octroi d’une protection – statut de réfugié ou admission provisoire – et resteront donc plusieurs années sur le territoire. Face à la nécessité d’augmenter les capacités d’accueil, des balbutiements de solutions voient le jour.

«Nous devons nous battre pour loger de nouveaux requérants», explique Urs Weber, coordinateur en matière d’asile à Saint-Gall. Les sept centres cantonaux étant bondés, les autorités cantonales se tournent vers les communes, non sans essuyer des oppositions. Résultat: Saint-Gall ouvrait il y a dix jours un abri de la protection civile, d’une capacité de 50 à 100 places.

Censée rester une solution de dernier recours, pour une durée de trois mois au maximum, c’est pourtant une option prise par de nombreux cantons face à l’urgence. Vaud a ouvert trois abris de la protection civile depuis le mois de juin, à Gland, Nyon et ce mardi à Clarens. «Nous n’avons pas d’autres choix face au pic brutal que nous observons depuis mai. Si nous voulions fermer les abris, nous aurions besoin de 606 places supplémentaires», souligne Evi Kassimidis, de l’EVAM (Etablissement vaudois d’accueil des migrants).

Le canton de Vaud planche sur une autre solution: utiliser des bâtiments existants, inoccupés, qui pourraient servir de logements en attendant une rénovation ou une démolition. «Nous faisons certes face à un flux tendu, mais ce n’est pas pire qu’en 2013. Et, souvent, l’été connaît un pic avant un ralentissement», relativise de son côté le chef du Service vaudois de la population, Steve Maucci.

Genève loge actuellement 354 personnes dans des abris PC. Sous le feu des critiques, le canton annonçait le 11 août qu’il comptait réduire ce nombre en créant des places supplémentaires dans un bâtiment administratif occupé jusqu’ici par Onusida, qui pourra accueillir 150 à 200 personnes d’ici 2016. Les autorités planchent aussi sur d’autres solutions d’accueil dans des bâtisses appartenant à l’Etat en vue de créer une septentaine de places d’ici à janvier 2016.

En Argovie, pas question pour l’instant d’ouvrir des abris PC: «Les conditions de logement n’y sont pas assez bonnes», estime Balz Bruder, du Département cantonal de la santé et du social. Les autorités ont donc installé 13 tentes de l’armée à côté de centres d’accueil existants, pour quelque 120 places. Des lits ont été montés également dans des locaux situés au sous-sol de quatre hôpitaux dans le canton, à Baden, Muri, Laufenburg et Aarau, pour quelque 600 personnes au total. Dès le mois d’octobre et l’arrivée du froid, les requérants hébergés dans les tentes se déplaceront dans ces structures souterraines. «Ce n’est pas optimal, mais c’est plus tolérable que dans les abris PC», souligne Balz Bruder.

Les projets à plus long terme sont souvent ralentis par des oppositions, les contraintes liées aux permis de construire où une situation tendue sur le marché du logement. Les autorités explorent donc d’autres solutions: hôtels, refuges de montagne ou hôpitaux psychiatriques. Et le logement chez des particuliers. Mais l’appel lancé par l’Organisation suisse (OSAR) d’aide aux réfugiés n’a pour l’instant recueilli qu’un maigre succès.

Selon un récent sondage de la presse alémanique, 60% des Suisses pensent que leur pays devrait jouer un rôle de leader dans l’engagement humanitaire. Mais voilà, pour la très grande majorité, 83,1%, la Suisse devrait avant tout aider sur place. Il se trouve même deux tiers d’entre eux pour craindre qu’un trop grand nombre de réfugiés ne fasse baisser le niveau de bien-être du pays ou près de la moitié pour envisager de fermer les frontières du pays.

La Suisse a-t-elle perdu ses valeurs humanitaires? Cette Suisse de la peur et du repli existe, influencée depuis des semaines par la campagne de l’UDC qui a pris l’asile pour thème de campagne électorale.

Malgré cette situation tendue, des voix s’élèvent pour réclamer une plus grande générosité. (lire ci-dessous). «La Suisse peut accueillir bien plus de réfugiés», ne cesse par exemple de répéter l’évêque de Bâle, Mgr Felix Gmür, en appelant à la responsabilité de ses concitoyens. Lui-même veut donner un signal personnel en accueillant, en accord avec les autorités de la ville, des réfugiés dans des locaux de l’Evêché. «Nous étudions actuellement une solution qui soit supportable par tous les intéressés», dit le porte-parole de l’Evêché. Le siège administratif du diocèse est notamment cité comme une possibilité.

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