«Sur le fil du rasoir». Ainsi se décrit la direction d'Expo.02 alors que la manifestation atteint le milieu du gué. De fait, si les visiteurs affluent dans une proportion croissante, les recettes ne sont toujours pas à la hauteur. Quatre questions centrales, alors que l'Expo en est à son 84e jour sur 159.

Cette Expo a-t-elle du succès?

Lundi, Expo.02 a passé le cap des 4,5 millions d'entrées. 2,9 millions de billets ont été écoulés, soit 68% du total espéré. Celui-ci, 4,3 millions, demeure donc un «objectif réaliste», selon le directeur marketing Rainer Müller. Mais, on le sait, la direction de l'Expo a été prise de court par la pyramide des ventes: des pré-achats au rabais qui ont fait un tabac et des billets à 10 francs (dès 18 h 30) dont les ventes totales envisagées sont déjà atteintes. Or, il en faut près de cinq pour encaisser le même montant qu'un ticket d'un jour à plein tarif… Conséquence, les recettes sont «nettement au-dessous de nos attentes», concède la directrice générale, Nelly Wenger. En dépit d'un indéniable succès d'affluence, les rentrées de la billetterie sont inférieures de 11%, soit un trou de 18,7 millions de francs. Baume au cœur des organisateurs: les ventes s'enflamment, atteignant ces jours 18 000 tickets par jour, le double d'il y a trois semaines. Ce qui tend à accréditer le scénario maintes fois évoqué par la direction: une hausse de la fréquentation qui culminerait durant les dernières semaines. Ce pronostic est nourri par des analyses des entrées de Lausanne en 1964 et les chiffres des expos universelles de Lisbonne (1998) et Hanovre (2000). Dans les deux derniers exemples, les entrées grimpaient – jusqu'au double de visiteurs hebdomadaires – dès la 15e semaine. Ce qui, dans le cas d'Expo.02, correspondrait au début septembre. L'Expo ne convainc toutefois pas les Tessinois, qui représentent 1,2% des entrées, et les étrangers. «La baisse du nombre de touristes de passage nous pénalise», estime Rainer Müller.

Rallonge publique ou non?

«L'Expo ne sera ni une catastrophe, ni une phénoménale réussite financière», prévient Nelly Wenger, pour qui «tout se jouera sur la ligne d'arrivée». Ce discours nuancé n'occulte pas le fait que des manques à gagner sont d'ores et déjà évidents: en extrapolant les chiffres fournis par l'Expo, Le Temps calcule que les recettes des seuls parkings, logements collectifs en tipis et parcs d'attractions de Bienne et de Neuchâtel seront de 24 millions inférieures au budget, selon les données actuelles les plus optimistes. Les parkings affichent un piètre taux d'occupation de 34% depuis le 15 juillet (14% depuis l'ouverture) et les navettes Iris, quoique à la hausse, n'atteignent toujours pas l'objectif, avec au mieux 40%. Même si l'Expo atteint son but en matière de billetterie, cela ne suffira pas. La question est donc de savoir si la réserve dont elle dispose – 130 millions sur les derniers crédits accordés par les Chambres – pourra compenser ces ressources manquantes. Le scénario est déjà établi, explique Walter Häusermann, directeur financier: les «risques sur recettes» sont estimés à 100 millions, 60 pour la billetterie, 20 pour les parkings et 20 pour les autres rentrées. Il y aura encore des frais durant le démontage: les coûts de supervision et les montants importants de TVA que l'Expo devra verser à la Confédération sont budgétés, mais non couverts par des garanties bancaires.

Cette Expo plaît-elle?

Un triomphe, répond la direction sur la base de 1100 questionnaires remplis sur les sites. Le taux de «très haute satisfaction» parmi les visiteurs atteint 90%. Mais la direction refuse obstinément de dévoiler le détail des sondages, en particulier les scores obtenus par chacun des pavillons, soucieuse de ne pas froisser les sponsors. Plus intéressant à ses yeux est le fait que 81% des sondés comptent revenir et 90% recommanderont Expo.02 à leurs proches. Le bouche-à-oreille devrait encore servir l'Expo. En outre, celle-ci s'est fendue d'un sondage général auprès des Suisses entre les 17 et 19 juillet: 64% des interrogés ont dit vouloir visiter les arteplages, en recul par rapport aux premiers jours de l'Expo en mai (72%), mais bien davantage qu'au début de l'année (52%).

Que fait la direction?

«Nous ne baissons pas les bras», assure Nelly Wenger. Pour courtiser les frontaliers, des journées spéciales consacrées à la France et à l'Allemagne seront organisées, avec l'espoir que «ces hôtes étrangers en repartent ravis et en parlent autour d'eux», résume Rainer Müller. Pour le confort des visiteurs, la «priorité des priorités» est la gestion des files d'attente: le personnel sera mobilisé pour indiquer quelles zones sont les plus paisibles, et les spectacles de rue se multiplieront. Une «task force» se penche en outre sur les économies encore possibles, comme la récente fermeture de l'un des parkings biennois. Enfin, étant donné que les visiteurs se montrent matinaux, la direction souhaite pouvoir ouvrir les portes à 9 heures, une demi-heure plus tôt. Mais il lui faut l'approbation des sponsors responsables des pavillons.