Ce mercredi, depuis les universités, les écoles polytechniques et les Hautes écoles spécialisées (HES), les regards vont se tourner vers le château de Hünigen. En séance spéciale, le Conseil fédéral y débat d'un éventuel regroupement des services chargés des HES, aujourd'hui à l'Economie, et ceux qui s'occupent des universités ainsi que des EPF, à l'Intérieur. Alors que l'issue de la discussion paraît très incertaine, la division des milieux concernés, qui a longtemps fait rage, laisse la place à une certaine unité.

Les hautes écoles ont longtemps été tiraillées par la différence de leurs tutelles fédérales. Au sein des HES, une annexion par le département de Pascal Couchepin était vue comme un éloignement de l'économie, leur interlocuteur privilégié. Naguère inquiet à ce propos, le chef des HES vaudoises, Michel Rochat, nuance par «pragmatisme»: «Le paysage national s'est organisé, avec des universités académiques et d'autres, professionnelles. Ce qui compte désormais est un pilotage intégré.»

Tout à l'Economie

A l'inverse, l'hypothèse du rattachement des universités à l'Economie provoque encore quelques aigreurs, mais le recteur de Bâle, Antonio Loprieno, assure que ce transfert «ne m'empêcherait pas de dormir. Bien sûr, chaque camp plaide pour le département où il se trouve déjà. Mais dans la concurrence internationale, l'essentiel est d'avoir une vision stratégique d'ensemble, pas une division interne nuisible».

A Genève, le recteur Jacques Weber préférerait l'Intérieur, mais relève que «le fait d'être dans un même département serait déjà un progrès». Certains font remarquer qu'au DFI, une bonne part des dépenses sont liées par des lois, susceptibles d'augmenter de manière quasi linéaire (AVS, AI, etc.): les économies peuvent donc vite frapper les hautes écoles. A tout prendre, mieux vaudrait l'Economie, jugent ces calculateurs.

Concurrence nuisible

C'est bien, d'abord, pour réduire les concurrences entre les services que les responsables plaident pour l'unification. «On le voit dans la défense des budgets, nous sommes toujours opposés les uns aux autres», déplore Patrick Aebischer, le président de l'EPFL. Jacques Weber demande aussi une «clarification, et davantage de logique dans l'attribution des subventions fédérales, plutôt que la compétition entre des écoles décernant désormais des diplômes qui ont les mêmes noms».

Une nouvelle instance

De plus, l'argument selon lequel deux conseillers fédéraux valent mieux qu'un pour défendre un domaine souvent érigé en priorité nationale dans les discours, mais raboté à l'heure des choix budgétaires, ne tient plus. La présidente du Conseil suisse de la science et de la technologie, Susanne Suter, n'y croit pas: «On constate surtout que les deux conseiller fédéraux reprennent les idées-forces de leurs services, mais sans qu'il y ait coordination forte ou cohérence.»

Même si les appétits de Pascal Couchepin et de Doris Leuthard pour leurs services respectifs ne sont plus un secret, les académiques relativisent cette rivalité. Car une loi en préparation instaurera une conférence commune à la Confédération et des cantons. Cette nouvelle instance, prévue à l'horizon 2011-2012, pilotera l'ensemble des hautes écoles.

Selon les projets en cours, elle devra être présidée par un conseiller fédéral. Qu'il s'agisse du chef de l'Intérieur ou de la patronne de l'Economie - à supposer que les sexes des deux ministres soient encore ainsi en 2012 -, les patrons d'écoles auront surtout affaire à cette conférence. Ce qui réduit l'importance du nom du département que dirigera leur futur interlocuteur.

Un département unique?

Ces perspectives légales n'empêchent pas les responsables de rêver au scénario, plus hardi, de la création d'un département ad hoc. C'est l'option du grand chambardement, dans laquelle le collège redistribue des services, libérant un dicastère pour la formation et la recherche. Les Chambres, qui ont débattu de ces questions à huit reprises en six ans, plébiscitent cette voie. Au printemps 2006, elles ont approuvé une motion suggérant de démanteler le DDPS pour doter le nouveau portefeuille.

«Nous sommes sans doute le seul pays au monde à ne pas avoir de Ministère de la formation et la science», fulmine Patrick Aebischer, pour qui «il faut un conseiller fédéral qui défende ces domaines pour eux-mêmes». Personnellement, Michel Rochat plaide aussi pour cette option, «la plus apte à raffermir les liens entre les écoles de manière à défendre une place universitaire suisse, unique, sur la scène mondiale».

En dépit de ces considérations planétaires, l'hypothèse d'un statu quo, ce mercredi, reste valable.