«Le projet ZEB (pour Futur développement de l'infrastructure ferroviaire) ne fournit pas une vue d'ensemble satisfaisante», estiment les milieux économiques suisses dans une lettre adressée aux parlementaires. L'Union suisse des arts et métiers (USAM), le Centre patronal et economiesuisse unissent leurs efforts pour demander une transparence accrue dans l'évaluation des priorités de réalisation des tronçons et des projets ferroviaires.

L'annonce du report de l'aménagement de la troisième voie entre Lausanne et Genève fait couler beaucoup d'encre. Notamment en raison des critères peu clairs qui ont conduit à ce choix. La proposition des milieux économiques, qui souhaitent l'application de critères plus objectifs dans l'appréciation des priorités, ne laisserait plus planer de doute sur les décisions.

Pour ce faire, les organisations voient loin. Elles recommandent une évaluation des taux de fréquentation actuels et futurs des différents tronçons jusqu'en 2040. Outre cette analyse, l'évaluation doit mentionner la rentabilité micro et macroéconomique de chaque tronçon. Ainsi, les travaux les plus urgents seront réalisés en priorité.

Régions excentrées hors jeu

En résumé, les milieux économiques souhaitent placer les besoins du réseau avant les revendications régionales. Une proposition qui a peu de chances de convaincre le parlement. Car les cantons gagnants aujourd'hui peuvent très bien se retrouver perdants demain, et vice-versa. Par ailleurs, les critères de rentabilité et de taux de fréquentation mettront hors jeu des régions périphériques qui, au nom du service public, prétendent aussi à une amélioration de leur réseau.

Pierre Triponez, conseiller national (PRD/BE) et directeur de l'USAM, espère cependant qu'une prise de conscience interviendra aux Chambres. «Le parlement doit admettre que l'on ne peut pas tout réaliser et qu'il faut donc fixer des priorités claires, dans l'intérêt de l'ensemble du territoire», déclare-t-il. Pour cette raison, l'USAM rejette le projet tel que le Conseil fédéral le soumet au parlement à la session d'été.

Un autre projet, qui concerne le financement du trafic marchandises, n'est pas non plus du goût des milieux économiques. «Subventionner le transport ferroviaire de marchandises à travers les Alpes à hauteur de 1,6 milliard n'est pas la bonne solution», arguent-ils. Ils préféreraient consacrer cette somme au développement des infrastructures ferroviaires. Additionné à une hausse moyenne du prix des billets de train d'un centime par kilomètre et à la modification du calcul du prix du sillon, un tel montant pourrait générer des investissements ferroviaires à hauteur de 3 milliards.