Cigarettes

Les milieux de la prévention outrés par la loi sur le tabac

Après l'échec de la précédente révision, le Conseil fédéral fait des concessions à l'industrie du tabac

Les milieux de la prévention contre les addictions sont outrés mais pas surpris. Le nouveau projet de loi sur le tabac mis en consultation vendredi par le Conseil fédéral renonce à interdire la publicité dans les cinémas, les médias payants ou sur des affiches et l'industrie du tabac pourra mener des opérations de parrainage. «Le Conseil fédéral s'agenouille devant le lobby du tabac en retirant de la loi ce qui le gênait», s'indigne la conseillère aux Etats Liliane Maury Pasquier (PS/GE).

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Cette nouvelle mouture est pourtant tout sauf une surprise. Dans une précédente version présentée en 2015, le Conseil fédéral avait envisagé d'aller beaucoup plus loin en soustrayant les produits du tabac à la publicité. Le parlement n'en a pas voulu. En décembre 2016, il a renvoyé la réforme au Conseil fédéral en le priant de renoncer à des restrictions supplémentaires. De même, l'obligation d'indiquer le montant des dépenses consacrées à la publicité et au marketing devait être abandonnée. Le mandat des Chambres fédérales visait aussi à légaliser les cigarettes électroniques avec nicotine et le snus, poudre de tabac humide populaire dans les pays scandinaves.

Une initiative populaire?

Le Conseil fédéral a dû modifier son projet de révision. Seule la publicité susceptible de toucher directement les jeunes sera prohibée (Internet, journaux gratuits, vente en kiosque à proximité de sucreries). Pour l'Union suisse des arts et métiers (USAM) et l'Association des milieux économiques pour une politique de prévention modérée (AEPM, créée sous l'impulsion de l'USAM), c'est encore trop. «Nous sommes pour la liberté de commerce et de publicité», résume la secrétaire générale de l'AEPM, Hélène Noirjean. La vente de tabac sera interdite aux mineurs, comme c'est déjà le cas dans une majorité de cantons. L'AEPM ne s'y oppose pas. Pour le Conseil fédéral, cette disposition tient compte du fait que 57% des fumeurs ont commencé avant l'âge de 18 ans.

Pour les milieux de la prévention, c'est nettement insuffisant. L'Alliance pour une loi efficace sur les produits du tabac, qui regroupe cinq organisations du domaine de la santé, réclame une interdiction générale de la publicité pour tout ce qui se fume et du parrainage de manifestations publiques ou privées. «Il faudra peut-être une initiative populaire pour y parvenir», pronostique Liliane Maury Pasquier.

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