Les féministes ont rempli les bancs du public. C'est toutefois dans un climat dépassionné que s'est tenu hier le procès des «Bad Girls» à Lausanne. Quatre ans après l'affaire de harcèlement sexuel ayant agité l'université, un arrangement est intervenu avec le professeur alors soupçonné. Mais une des militantes est toujours accusée de tentative de contrainte. Le Tribunal de police devra trancher entre deux versions très divergentes.

Loin des affiches et des tracts placardés à Dorigny en mai 1997, l'affaire se résume aujourd'hui à sa portion congrue. Le professeur, acquitté tant au plan pénal qu'administratif, a retiré sa plainte pour calomnie ou diffamation à l'encontre des quatre Bad Girls. Restent les pressions reprochées à l'une d'elles, assistante en sociologie, en vue de décourager l'organisatrice d'un colloque d'inviter le professeur comme conférencier.

Cela à l'occasion d'une journée sur l'égalité des chances pour le personnel de l'EPFL. L'organisatrice raconte avoir reçu «beaucoup» de téléphones. La Bad Girl «parlait au nom de toutes, qualifiant le professeur de dangereux. Elle voulait me convaincre d'annuler l'invitation et a menacé de faire une manif pour perturber. Je me suis énervée. J'ai trouvé qu'elle agissait contre les femmes. Je suis contre tout harcèlement, mais aussi contre tout lynchage public.»

Finalement, la conférence aura lieu, sans incident. Face au juge, l'assistante, âgée de 26 ans, est peu loquace. Lors des téléphones, elle s'est bornée à confirmer qu'il y avait plainte contre le professeur. Ne s'est-elle pas laissé emporter par acrimonie? Les Bad Girls ont-elles été victimes du nom qu'elles ont choisi? Pas de réponse.

L'avocat de la Bad Girl, Me Jean-Michel Dolivo, estime que l'organisatrice a subi un «auto-affolement» et s'est monté la tête alors qu'il n'y a jamais eu l'ombre d'une menace. Ce n'est en aucun cas, assure le défenseur, la pratique des Bad Girls d'agir de manière violente, elles préfèrent provoquer le débat. «La justice s'est fourvoyée en intervenant dans cette affaire», conclut Me Dolivo en plaidant l'acquittement. Verdict aujourd'hui.