Une grande tristesse. Mais pas de colère. Un chagrin digne, dimanche au «Pod 109» à La Chaux-de-Fonds, au siège de l’Institut culturel des femmes musulmanes de Suisse que dirige Nadia Karmous. Elles sont trois, puis huit et une vingtaine vers 15 heures à se retrouver. Elles ont apporté des friandises. Elles accueillent les journalistes avec cordialité. On s’installe dans le petit salon.

Un ordinateur est enclenché dans un bureau, mais personne ne se précipite pour connaître le détail des résultats. La radio a été arrêtée. Très vite, l’issue du scrutin ne fait plus de doute. Alors, les femmes musulmanes ravalent leur amertume. Leurs enfants continuent de courir dans le couloir.

«J’étais persuadée que l’initiative serait rejetée, ne serait-ce que par intérêts économiques», explique Evelyne Jerad. «J’espère que les riches musulmans se souviendront de ce dimanche 29 novembre», s’emporte sa voisine, Khadija Maftah. Elle se ravise: «Je souhaite que personne ne réagisse à la bêtise de cette votation par d’autres bêtises.» «Les minarets n’auront donc été qu’une excuse pour rejeter les musulmans», déplore Daniela Torres, qui ne porte pas le voile.

«Nous devons être interpellés»

Impression générale: la majorité a voté «par ignorance et par peur». Ce que ne comprend pas Nabila Benrli, Algérienne voilée, installée à La Chaux-de-Fonds depuis le mois d’août, qui a découvert «un pays où les gens sont gentils». «On a confondu islamistes et musulmans», tonne Khadija Maftah.

Entre les coups de fil «qui viennent de partout», Nadia Karmous raconte qu’elle s’attendait à une telle issue «ou à ce que ce soit très serré». Et d’ajouter à quel point son association s’applique à intégrer les musulmans. «Sans cacher qu’ici, au Pod 109, on est spirituellement marqué par l’islam. On y vient pour se rencontrer, se former et prier.» Il y avait 700 personnes pour la prière, vendredi, malgré l’absence de mosquée.

«Cette initiative est un échec flagrant pour l’intégration», déplore Nadia Karmous. Elle provoquera le «retranchement» de certains musulmans. «On me dit déjà que nos efforts n’auront servi à rien. Ce résultat donne raison aux intégristes, qui n’ont pas besoin de minarets.»

La présidente s’en prend aux initiants: «C’est une lâcheté de manipuler les peurs des gens. Certes, des politiciens ont appelé à voter non, mais j’aurais souhaité une campagne aussi forte que celle de l’UDC pour le rejet de l’initiative. Je suis déçue de ne pas avoir pu faire quelque chose.»

Plus tard, elle lance: «Nous, les musulmans, devons être interpellés sur l’image que nous donnons de nous. Il nous appartient de mieux nous faire connaître. D’expliquer comment nous pratiquons notre religion, montrer que les peurs exprimées n’ont pas de raison d’être.»

Etonnamment, les musulmanes de La Chaux-de-Fonds s’inquiètent pour l’image de la Suisse. «Ça me fait mal pour mon pays», dit la présidente. D’autres femmes, Suissesses, reprennent la formule. Les gâteaux disposés sur la table ont du mal à trouver preneuses. «Il y a de quoi avoir l’appétit coupé», note l’une d’elles.