C’est cet après-midi que Micheline Calmy-Rey reçoit l’ambassadeur allemand en Suisse, Axel Berg. Le diplomate est convoqué pour la deuxième fois en six mois, pour les mêmes raisons. Aux Affaires étrangères, on en a assez des propos pour le moins inamicaux tenus par le ministre allemand des Finances envers la Suisse. La conseillère fédérale exprimera au diplomate ses doléances après que Peer Steinbrück a hier assimilé les Suisses à «des Indiens qui fuient l’arrivée de la cavalerie». Ceci dans le contexte du secret bancaire, le ministre allemand estimant que la Suisse y reste encore trop attachée, en dépit des récentes décisions du Conseil fédéral de l’assouplir.

Ce matin, aucune source officielle ne voulait commenter la démarche de Micheline Calmy-Rey. A Berlin, on veut attendre de savoir ce qui a été communiqué au diplomate avant de réagir. Par ailleurs, on attend de pied ferme Micheline Calmy-Rey. La conseillère fédérale rencontrera son homologue Frank-Walter Steinmeier le 1er avril dans la capitale allemande.

En l’occurrence, les relations entre les deux pays ne sont près de se détendre. Le ministère allemand des Finances doute de la volonté réelle de la Suisse et de l’Autriche d’assouplir leur secret bancaire. Il attend des actes et ne relâchera pas la pression. Dans un communiqué diffusé hier, le ministère de Peer Steinbrück se réjouit certes du «développement positif à la suite de la déclaration d’un certain nombre d’États d’accepter les critères de transparence de l’OCDE». Mais, ajoute-t-il, «les nouvelles déclarations de la fin de la semaine (par exemple la Suisse et l’Autriche) soulèvent des doutes sur leur disposition à appliquer sans restriction les standards de l’OCDE. Cela vaut en particulier quand la transmission des informations doit dépendre d’un soupçon établi de dissimulation fiscale ou que le secret bancaire est fondamentalement maintenu». Selon le ministère allemand, les standards de l’OCDE exigeraient la transmission des données dans le cadre d’une simple procédure fiscale, l’accès aux informations bancaires doit être indépendant d’un soupçon concret de dissimulation fiscale.

De plus, le ministère allemand estime qu’un certain nombre d’obstacles devraient être levés avant la signature d’un accord d’échange d’informations, comme l’exigence d’une amnistie fiscale ou la conclusion d’un nouvel accord de double imposition. «C’est pourquoi la pression internationale doit être maintenue et être flanquée de mesures nationales dans une loi de lutte contre l’évasion fiscale». L’Allemagne prépare actuellement une loi pénalisant fortement les transactions financières en direction des Etats qui ne s’en tiennent pas aux standards de l’OCDE. «La pression doit être maintenue jusqu’à la signature des accords et leur transposition dans les faits», conclut le communiqué du ministère.