Genève

Le Ministère public demande la levée de l'immunité d’un député

Le Ministère public demande au Grand Conseil la levée de l’immunité de l’élu d’Ensemble à gauche Jean Batou, à l’origine de la rumeur sur les écoutes téléphoniques sauvages qu’il attribuait à Pierre Maudet

Le duel qui met aux prises le conseiller d’Etat Pierre Maudet et le député d’Ensemble à gauche Jean Batou rebondit. Le Temps a appris mercredi que ce dernier fait désormais l’objet d’une demande de levée d’immunité de la part du Ministère public au Grand Conseil. Pierre Maudet avait en effet déposé plainte pénale contre celui-ci pour calomnie et subsidiairement diffamation.

Comment en est-on arrivé là? Le député suspectait Pierre Maudet d’avoir ordonné des écoutes téléphoniques sauvages visant des bagagistes de l’aéroport, privés de tarmac en 2015 pour cause de radicalisation. Il relaye alors cette rumeur à travers les médias puis dans une question écrite urgente au Conseil d’Etat au printemps 2018. Il n’en fallait pas davantage pour que le parquet ouvre une procédure. Mais celle-ci sera classée en décembre dernier. L’enquête, confiée à l’Inspection générale des services de la police (IGS), conclut à l’absence de tout indice de l’existence de telles écoutes. L’ordonnance de classement mentionne que Jean Batou «s’est exclusivement fondé sur l’article de la Tribune de Genève, en y ajoutant des trouvailles de son cru».

Le magistrat dépose plainte pour calomnie contre le député, qui porte plainte à son tour pour tentative de contrainte. Cette dernière sera classée elle aussi. Reste donc aujourd’hui sur la table du procureur général Olivier Jornot celle de Pierre Maudet, qui requiert la levée de l’immunité pour être instruite. Si cette histoire n’a rien à voir avec «l’affaire Maudet» et son voyage à Abu Dhabi, elle charge un bateau déjà lourd de reproches, le ministre étant mis en prévention pour acceptation d’un avantage.

Lire aussi: Pierre Maudet n’a pas ordonné d’écoutes «sauvages»

«Un excellent débat en vue»

«C’est magnifique, réagit Jean Batou, car ma levée d’immunité promet un excellent débat. Où va-t-on si une question écrite urgente devait être considérée comme diffamatoire? Le procureur apparaît comme déférent vis-à-vis du magistrat. Mais en fait, en classant ma plainte et pas la sienne, il le met dans une position difficile. Peut-il en effet obtenir du Grand Conseil la levée d’immunité d’un député pour avoir posé une question écrite? Ce serait un sérieux précédent pour notre démocratie.»

Les avocats de Pierre Maudet, Grégoire Mangeat et Fanny Margairaz, ne sont pas surpris par ces nouveaux développements: «Les accusations véhiculées par Jean Batou ont alimenté l’une des fake news les plus graves parmi celles ayant circulé à propos de notre client, avec cet objectif détestable de l’instrumentalisation politique permanente. Le Ministère public ayant désormais confirmé que ces accusations étaient dénuées de tout fondement, Pierre Maudet n’ayant jamais ordonné la moindre écoute illicite, l’instruction de l’éventuel caractère diffamatoire des propos de Jean Batou n’est que la suite logique de cette triste affaire.» Ils estiment aussi «qu’une diffamation reste une diffamation, même si elle est contenue dans une question urgente écrite. A fortiori si elle est relayée dans le même temps à un organe de presse.»

Pas sûr cependant que le parlement accepte la levée d’immunité de Jean Batou. Celle-ci pourrait être traitée par le Grand Conseil en mai prochain.

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