Yves Bouvier n’a pas escroqué Dmitri Rybolovlev, estime le Ministère public genevois. Par un communiqué des avocats genevois du Russe, Me Sandrine Giroud et Me Marc Henzelin, on apprend en effet qu’Yves Bertossa, premier procureur, qui instruisait la plainte du collectionneur déposée en 2017 contre son ancien marchand d’art, a prononcé une ordonnance de classement le 15 septembre.

La décision d’Yves Bertossa est sévère pour la partie plaignante. Elle correspond à un non-lieu. L’ordonnance se conclut ainsi: «La présente décision de classement est motivée essentiellement en raison de comportements imputables aux parties plaignantes, notamment parce qu’elles n’ont pas procédé aux vérifications les plus élémentaires que l’on pouvait attendre d’elles dans le cadre de leur relation commerciale avec Yves Bouvier, ainsi qu’en raison des graves violations qu’elles ont commises dans le cadre de la procédure pénale monégasque et des conséquences qui s’ensuivent sur la conduite de la présente procédure.» Pour le premier procureur, «les éléments constitutifs objectifs de l’infraction ne sont pas réalisés, en l’absence d’une tromperie astucieuse».

«La décision unilatérale du Ministère public de classer soulève la question d’un classement en pure opportunité. Elle est intégralement contestée et fera l’objet d’un recours à la Chambre pénale de recours ces prochains jours, souligne le communiqué des avocats de Dmitri Rybolovlev. Il est essentiel que cette affaire, l’une des plus graves que le monde de l’art ait jamais connues, soit dûment instruite et enfin jugée au fond, qui plus est en Suisse, l’un des principaux centres internationaux du marché de l’art afin d’amener la sécurité et la transparence dont il a besoin.»

Me Sandrine Giroud et Me Marc Henzelin, avaient déposé un recours en déni de justice cet été. Selon eux, le premier procureur Yves Bertossa a fait preuve de passivité dans ce dossier, rechignant à l'instruire malgré l'apport d'éléments nouveaux, issus notamment de procédures à l'étranger ou d'expertises. Une certain nombre d'infractions n'ont simplement pas été examinées par Yves Bertossa, estiment les deux avocats.

Me David Bitton, conseil d’Yves Bouvier, parle, lui, de «victoire totale». «Le prononcé de cette décision clôt la dernière procédure envers notre client initiée par la partie adverse. Elle montre une fois de plus qu’Yves Bouvier n’a commis aucune infraction au préjudice de qui que ce soit. C’est une relaxe pure et simple. La voie est désormais libre pour obtenir des dommages et intérêts qui seront aussi historiques que l’a été cette affaire.»

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Tania Rappo, ex-amie de la famille Rybolovlev qui avait fait le lien entre le Russe et le Genevois et avait touché des sommes importantes de la part d'Yves Bouvier pour ses services, est aussi concernée par ce classement.

Une décision attendue

Cette annonce met une fin provisoire à une affaire qui a débuté en 2015 par l’arrestation d’Yves Bouvier au pied de l’immeuble monégasque de Dmitri Rybolovlev. Ce dernier soupçonnait le Genevois de lui avoir surfacturé des dizaines de tableaux de maîtres, empochant au passage 1 milliard de francs.

La justice de Monaco avait annulé toutes les poursuites envers Yves Bouvier fin 2019, jugeant que ses droits n’avaient pas été respectés durant l’instruction.

La décision d’Yves Bertossa à Genève était attendue. Le premier procureur avait en effet annoncé son intention aux parties à l’automne dernier déjà, leur laissant une marge pour négocier un accord. Les discussions n’ont apparemment pas abouti.

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L’Administration fédérale des contributions, à Berne, enquête toujours sur Yves Bouvier, soupçonné d’avoir soustrait aux impôts 165 millions de francs. Tania Rappo est également dans le viseur, une procédure parallèle ayant été ouverte contre elle.

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