La réforme de la fiscalité des entreprises (RIE III), sur laquelle les Suisses voteront le 12 février prochain, met la cohésion interne du Parti socialiste suisse (PSS) à l’épreuve. Le ton est fortement monté ces derniers jours entre la direction du parti suisse, qui a fait du non à la RIE III sa grande bataille du moment, et l’une de ses ministres cantonaux, la directrice des finances de Bâle-Ville, Eva Herzog, relate la presse alémanique.

Eva Herzog défend le projet de la RIE III avec engagement, comme étant favorable à sa région. Dans une interview au «Blick» publiée mardi, elle déplorait que la direction du parti, qu’incarne Christian Levrat, n’ait «rien compris au sujet.» L’argentière cantonale conteste en particulier que les grandes entreprises pharmaceutiques soient les premières bénéficiaires de la réforme. «Je ne peux laisser dire que nous faisons des cadeaux énormes aux multinationales, car les pertes fiscales attendues proviennent des entreprises qui sont aujourd’hui taxées au taux ordinaire», plaide-t-elle en substance.

«La porte-parole de Roche et Novartis»

«Il suffit que le congrès du PSS se soit prononcé à l’unanimité contre la RIE III pour que la porte-parole de Roche et de Novartis devienne nerveuse», a persiflé sur twitter le porte-parole du PSS, Michael Sorg, qui désignait ainsi sans la nommer la ministre bâloise. Samedi dernier, le congrès du PSS s’est rallié avec enthousiasme au combat contre la RIE III, en raison de son coût fiscal dont pâtirait surtout à ses yeux la classe moyenne. 

Interrogés par la Basler Zeitung, plusieurs parlementaires fédéraux socialistes regrettent certes la tournure publique et agressive de cet échange de politesses mais soulignent l’isolement d’Eva Herzog et de sa position. La section de Bâle-Ville du PS débattra le 12 décembre de son mot d’ordre sur la RIE III.

Louvoiement vaudois

Bâle-Ville n’est pas le seul canton où la RIE III peut mettre les dirigeants socialistes dans une position désagréable. Ainsi, le gouvernement vaudois ne devrait pas prendre position officiellement sur la votation du 12 février. Un paradoxe puisque le projet vaudois de mise en œuvre de la RIE III, avec les contreparties sociales négociées par le président socialiste Pierre-Yves Maillard et le patron des finances PLR Pascal Broulis, a été massivement approuvé par les électeurs il y a quelques mois. «J’ai compris l’importance du combat pour mon parti national, expliquait récemment Pierre-Yves Maillard au quotidien «24 heures», et je ne veux pas me mettre en travers tant que les intérêts du canton ne sont pas touchés.»