C'est un jeune avocat que l'on peut voir souvent assis à la même terrasse d'un café de la Piazza della Riforma, à Lugano. Un lieu qu'il fréquente depuis longtemps, où il aime rencontrer ses amis. Mais aujourd'hui, Marco Borradori est surtout connu du public comme une bête politique de la droite dure tessinoise. Sa réélection au Conseil d'Etat en avril dernier le prouve: son action gouvernementale est approuvée largement au-delà du cercle des sympathisants de son parti, la Lega dei Ticinesi, troisième force politique du canton.

Comment expliquer une telle performance? L'actuel chef du Territoire et des Finances a passé ses premières années de ministre au Département du territoire. Quatre années pendant lesquelles il est parvenu à gérer des dossiers très brûlants: l'élimination des ordures, problème qui a divisé la population et même le Parti libéral radical; la construction du tunnel de base du Saint-Gothard et des NLFA; le nouveau plan des transports de la région luganaise.

Des dossiers qui ont été pour Marco Borradori autant d'occasions de mettre en valeur sa capacité à écouter les autres pour trouver des compromis acceptables par tout le monde. «Au cours de mes contacts avec la communauté de travail de la Regio Insubrica ou avec Arge Alp, j'ai compris l'importance du contact direct avec les personnes. Il faut se faire connaître et dialoguer. C'est seulement ainsi que les préjugés tombent.» Trois années passées à la mairie de Lugano ont, elles aussi, contribué à la popularité de Marco Borradori.

Celui qui est devenu le premier conseiller d'Etat de la Lega, fondée cinq ans plus tôt, reconnaît sans peine que, dans sa carrière politique, beaucoup est dû au hasard. Il revendique cependant une force de travail peu commune. C'est en 1990 qu'il rencontre Giuliano Bignasca, le bouillant entrepreneur luganais qui, à la tête d'une sorte de minisoulèvement populaire, venait de fonder la Lega. Celui-ci lui propose de le rejoindre avec Flavio Maspoli sur ses listes au Conseil national.

Marco Borradori accepte d'entrer en politique «pour vivre une nouvelle expérience». Premier succès: il est élu, avec Flavio Maspoli, prenant ainsi la place de Bignasca. Puis, quelques mois plus tard, il obtient encore un siège au Conseil municipal de Lugano, toujours sur la liste de la Lega.

Face à ses deux nouveaux mandats, l'outsider de la droite dure tessinoise décide de fermer son étude d'avocat pour devenir un politicien à part entière. Il a 33 ans. «Ces deux sièges ne m'offraient pas un salaire suffisant pour m'enrichir. Mais pour le célibataire sans enfants que j'étais, et que d'ailleurs je suis encore, cela suffisait à me permettre d'entreprendre une carrière nouvelle et absolument inattendue.»

Un goût pour l'aventure

Il donnait ainsi un nouveau tour à ce goût pour l'aventure qui l'avait auparavant amené à voyager dans des pays lointains «et un peu sauvages. C'est peut-être grâce à ces périples qu'aujourd'hui, j'apprécie pleinement la beauté de mon canton. Cet été, je resterai ainsi l'essentiel du temps au Tessin. Sans cesse, je repars à la découverte des innombrables surprises que réserve cette terre». C'est dire que les Tessinois ont appris à reconnaître sur les routes sa Porsche blanche, qu'il utilise aussi tous les jours pour se rendre dans son bureau à Bellinzona.

Coutumier du succès – il a été plusieurs fois champion cantonal de tennis de table –, sa victoire électorale de ce printemps ne lui est pas montée à la tête. Le lendemain après-midi, il était déjà à son poste. A tout juste 40 ans, riche des expériences d'une carrière fulgurante, il se fait philosophe: «Si je possédais une boule de cristal, je ne chercherais pas à y lire mon avenir, car cela m'ôterait la liberté du présent.»