L'Ecole genevoise a besoin d'un sérieux recadrage. En présentant jeudi aux médias les treize priorités de son Département de l'instruction publique (DIP), le conseiller d'Etat Charles Beer a mis en lumière l'ampleur de la tâche: «L'Instruction publique genevoise ne montre pas que des signes de bonne santé. J'ai rarement vécu un tel climat de morosité et de défiance. Le corps enseignant est très divisé. Il y a une perte de confiance, il faut inverser la tendance.» Le ministre socialiste a également mis le doigt sur les problèmes de cohérence du système scolaire et les traumatismes qui ont pu secouer l'institution. Aujourd'hui, ses vingt-deux mois d'activités et ses 150 visites d'établissements ont nourri sa réflexion. Pour évaluer la perception qu'ont les 12 000 collaborateurs du DIP du catalogue en treize points, une phase de consultation est ouverte à l'interne jusqu'à fin mars. Le magistrat entend en outre mettre sur pied des assises de l'éducation au printemps 2006 pour évaluer les progrès effectués. Tour d'horizon.

Cohérence et qualité du système scolaire

Le processus de réformes de la décennie précédente a entraîné des incohérences. Le ministre Charles Beer l'illustre par deux exemples parlants. L'enseignement de l'allemand débute en troisième année primaire et se poursuit jusqu'en sixième. Dans certaines classes, la langue de Goethe n'est toujours pas enseignée. De plus, quand un élève passe au Cycle d'orientation, «on redémarre à zéro avec l'allemand», déplore le ministre. Autre situation édifiante: bien que promus, quelque 400 élèves qui sortent de l'école obligatoire n'accèdent tout simplement pas à l'une des filières ordinaires de formation du postobligatoire. Qu'il s'agisse de l'Ecole de degré diplôme ou de l'Ecole de commerce. Il ne leur reste bien souvent que la voie professionnelle de l'apprentissage.

Combattre l'échec scolaire

L'enquête PISA l'avait démontré: les élèves en grande difficulté avaient plombé les résultats genevois. Selon le Service de la recherche en éducation, 10% des élèves ayant achevé leur scolarité obligatoire en juin 2002 devaient suivre leur parcours par des compléments de formation. L'intensification de l'enseignement du français, «le ciment d'une collectivité multiculturelle», s'inscrit dans cette volonté d'y remédier. Le canton ne recense pas moins de 40% d'élèves allophones. Pour soigner le mal à la racine, Charles Beer vise à rendre l'école obligatoire à l'âge de 4 ans. Les résultats PISA 2000 le conforte dans ce sens, puisqu'en fin de scolarité, 20% des élèves genevois éprouvent de sérieux problèmes de compréhension de textes. En avril, le Département organisera une quinzaine de la lecture dans les écoles genevoises. Mais plusieurs mesures s'appliquent déjà à corriger le tir. Ainsi, en 2003, une heure supplémentaire de français a été introduite au huitième degré de la scolarité. Le département a par ailleurs élaboré un plan d'action pour la lecture et réintroduit l'épreuve commune de français au Cycle d'orientation

Appliquer une laïcité engagée

Le patron du Département de l'instruction publique le déclare sans ambages: «Il n'est pas question d'appliquer une loi à la française en matière de laïcité.» Si le ministre Charles Beer ne remet pas en question le caractère laïc de l'école genevoise, il n'entend pas l'aseptiser. En décembre 2004, son département a donc décidé de renforcer la transmission du fait religieux. Car pour le ministre, une neutralité en termes de laïcité ne signifie pas indifférence. Un effort sera fait pour renforcer les valeurs de tolérance et mieux répondre aux requêtes de type communautariste posées aux établissements scolaires.

Sécurité dans les écoles

Si des chartes de non-violence ont été introduites dans certaines écoles genevoises, le phénomène de la violence demeure et les enseignants ne sont pas toujours «armés» pour y faire face. Pour avoir un panorama réaliste des actes de violence commis en milieux scolaires, le DIP mettra en place dès septembre un logiciel spécifique dénommé Signa, que le Ministère français de l'éducation nationale utilise déjà. Par ailleurs, la politique des sanctions sera harmonisée. Pour l'heure, chaque établissement sévit plus ou moins comme bon lui semble.

Répandre la culture de l'évaluation

Peu connu, au même titre que la Suisse d'ailleurs, pour sa culture de l'évaluation, Genève doit changer de cap. Charles Beer aspire à ce que les décisions politiques qu'il prendra fassent l'objet d'évaluations régulières. Car la pratique montre que les instances de concertation tendent à se contenter de gérer administrativement les questions qu'elles traitent.

Optimiser le processus budgétaire

Soumis à une forte pression du parlement, le ministre socialiste s'attelle à modifier le processus budgétaire de son Département pour le rendre plus transparent. A ce jour, il regrette ne pas pouvoir répondre à toutes les questions que lui posent les députés. Il espère introduire plus de transparence.