Les électeurs jurassiens ont été séduits par le candidat radical au gouvernement Michel Probst, 46 ans. Ils ont vu en lui celui qui amènera le changement et ils ont adhéré à son slogan: faire de la politique autrement et rassembler. Michel Probst a pris le troisième rang du premier tour de l'élection, soutenu par 40,6% de l'électorat, alors que le Parti libéral-radical ne pèse que 19,2%. Il ne fait aucun doute qu'il sera élu au second tour le 12 novembre prochain.

Comment se comportera-t-il côté cour, dans l'habit de ministre? En campagne, il a proposé une image et une méthode, mais peu d'idées nouvelles. Instituteur et féru de culture, adepte d'une politique résolument au centre, comment satisfera-t-il aux attentes de son groupe parlementaire, dominé par des libéraux ancrés à droite? Michel Probst, qui ambitionne de diriger un département inédit associant Economie et Culture, sera-t-il l'homme du renouveau jurassien?

Le Temps: Le candidat Michel Probst a conquis les Jurassiens. Serez-vous différent dans le costume de ministre?

Michel Probst: Absolument pas. J'ai été naturel en campagne, sans artifice. Je le resterai si je suis élu. Je garderai les pieds dans le terrain. Je ne suis pas intéressé par le pouvoir, sinon par le pouvoir de réaliser des choses avec d'autres.

- Certains observateurs, saluant votre excellente campagne, laissent entendre qu'il n'y a pas grand-chose sous le vernis...

- J'ai construit un programme à la suite de nombreux entretiens réalisés durant l'été. Je formule des projets très pragmatiques pour permettre au Jura de se relancer. Par exemple, pour apporter une solution au déficit structurel du canton, je préconise la constitution de pools administratifs mobiles et d'enveloppes financières versées aux chefs de service.

- Dans un exécutif, il faut choisir, trancher. En êtes-vous capable?

- On me prend pour un gentil garçon. Je suis effectivement quelqu'un de serein et de réfléchi. J'écoute les arguments des uns et des autres, je construis mon opinion. Mais après ce processus, je décide et je défends ma décision avec ténacité. J'ai ainsi mené de nombreux projets en tant que maire de Coeuve.

- Téléphonerez-vous tous les tantôt au ministre vaudois Pascal Broulis, que vous présentez comme votre modèle?

- Détrompez-vous. Pascal Broulis n'est pas le seul avec qui j'ai des contacts. Un réseau de radicaux centristes de la nouvelle génération se met en place en Suisse romande! Je sais pertinemment qu'on ne peut pas transposer, sans autre, la recette vaudoise à la sauce jurassienne. Mais je sais qu'il y a du bon à prendre: la stratégie des enveloppes financières de Pascal Broulis me convainc. Tout comme le partenariat public-privé des Grisons dans la gestion des musées.

- Vous êtes un radical centriste. Mais plus de la moitié du groupe parlementaire radical est franchement libérale et de droite. Comment ferez-vous pour tenir compte de ses aspirations?

- Je suis un rassembleur. Un centriste synthétise. Les aspirations des libéraux seront aussi prises en compte. Si j'ai rassemblé dans la population, j'ai aussi fait l'unité de mon parti. Combien m'ont pourtant prévenu que c'était impossible. Souvenez-vous des tiraillements du passé!

- Etes-vous prêt à être en porte à faux avec votre groupe parlementaire?

- La priorité, c'est l'intérêt du canton. J'espère que le gouvernement construira des options qui répondront à cet intérêt. Qu'il saura se détacher des partis pour y parvenir. Si la sensibilité de synthèse du gouvernement ne devait pas, parfois, convenir à mon groupe parlementaire, il est possible que nous soyons alors en porte à faux.

- La collégialité: une règle absolue?

- J'y tiens vraiment. Il ne faudrait toutefois pas que je sois en permanence mis en minorité. Seul un collège soudé mènera une bonne politique, ce qui n'exclut pas une saine confrontation dans le débat. J'ai foi dans le talent, le respect et les bonnes volontés des gens qui composeront le prochain gouvernement.

- En lançant le slogan «autrement», vous faites poindre la perspective du changement. Quel sera-t-il?

- Après les bisbilles paralysantes, je vais proposer de construire quelques grandes idées pour la législature en réunissant les partis politiques et le gouvernement. Nous devons revoir la péréquation des tâches et des charges entre le canton et les communes, pour normaliser leurs relations. J'entends contribuer à façonner un Jura de la créativité, de la connaissance et de la modernité.

- On vous prête l'intention de briguer le Département de l'économie?

- Mes contacts croisés avec les industriels et les artistes m'incitent à vouloir réunir sous le même toit le développement économique, le tourisme, le sport et la promotion culturelle. Ces domaines sont imbriqués. L'un des grands projets jurassiens consiste à mettre en valeur les traces de dinosaures découvertes près de Porrentruy et vieux de 152 millions d'années. Un projet culturel, économique, touristique et lié à la formation. Ce pourrait également être l'archétype du partenariat public-privé. Etre ministre de l'Economie et de la Culture, ça me plairait vraiment. Et ce serait audacieux. Il s'agira de trouver le moyen de sortir la Culture du Département de la formation qu'Elisabeth Baume-Schneider souhaite conserver.

- La modernité dont vous parlez, comment l'insufflerez-vous?

- Les Jurassiens sont créatifs, en économie et dans les arts. Il faut davantage leur permettre de le faire savoir. Et nous devons décloisonner notre administration, où il faut promouvoir la mobilité, développer des guichets spécifiques, avoir une «approche client». Il faut dépoussiérer nos structures communales, les relations entre canton et collectivités locales. Faire comprendre qu'il y a tout à gagner à développer une conscience régionale et cantonale. En finir avec la guéguerre des clochers.

- Le Jura a-t-il besoin d'un grand projet de société, mobilisateur à l'interne, qui redore son blason à l'extérieur?

- Absolument. Il serait prétentieux que je le développe ici, seul. Il se construira dans le dialogue. Je l'imagine s'appuyant sur le partenariat public-privé et sur l'équilibre entre des domaines qu'on oppose trop souvent: social et économie; industrie, tourisme et créativité artistique. C'est par ce biais que nous proposerons des emplois nouveaux et des conditions favorables au retour des jeunes dans le Jura.