L'Alliance de gauche (AdG) valaisanne avait convoqué hier une conférence de presse comme elle «espère ne plus jamais avoir à en faire». Les représentants du PS, des Verts et du Parti chrétien-social au Grand Conseil s'étaient mis en rang pour tirer sur les radicaux-libéraux, leurs voisins minoritaires au parlement cantonal. Objet de ces lamentations publiques: le siège très convoité de la 2e vice-présidence, tremplin à la présidence du Grand Conseil pour 2010.

Les élections ont lieu vendredi, et chacune des deux formations jurerait sur la Constitution que son tour est venu de briguer le poste. Cette course effrénée a fini par éclipser les enjeux de fond de la session, au cours de laquelle on votera notamment sur l'harmonisation scolaire. Deux candidats, dont les compétences ne sont du reste pas contestées, s'affrontent. Marcelle Monnet-Terrettaz, cheffe de groupe de l'Alliance de gauche et conseillère communale à Riddes, veut prouver deux choses: un, que le rôle de premier citoyen peut revenir à une citoyenne; deux, qu'il «n'est pas l'apanage des majoritaires». Face à elle, Jean-François Copt, député radical depuis 2001, respecté de tous y compris de sa principale rivale et, accessoirement, neveu d'Aloïs Copt, un ancien président du Grand Conseil.

La gauche tous les 10 ans

La confrontation repose sur un consensus qui a mal vieilli. Jean-Henri Dumont, le président du Parti socialiste, certifie que «selon l'accord tacite passé entre les chefs de groupe dans les années 1980, le siège doit raisonnablement revenir à la gauche tous les 10 ans». L'an dernier déjà, l'AdG avait tenté le coup. Or, son candidat German Eyer avait échoué face au jaune (Parti chrétien-social du Haut) Gilbert Lorétan. D'où cette nouvelle tentative de la gauche réunie. La représentation des forces de gauche au parlement ayant crû régulièrement ces dernières années pour atteindre 21 députés à ce jour, cela «justifierait même une représentation tous les 6,2 ans», assure encore le très méticuleux Jean-Henri Dumont. Depuis 1987, deux représentants du PS seulement ont accédé à la présidence. Le double chez les radicaux.

Soupçons

Tandis que la gauche compte les billes qu'elle n'a pas, les radicaux-libéraux placent les leurs avec obstination. Le chef de groupe René Constantin trouve au moins deux justifications pour asseoir un des siens à la 2e vice-présidence vendredi: «Jusqu'à présent, tout le monde s'était satisfait du tournus en vigueur. Appliquer le principe de la proportionnalité, cela n'a pas de sens. Que fera-t-on en 2009, lorsque les cartes auront été redistribuées au Grand Conseil?» Deuxième argument, plus épidermique celui-là: «Puisqu'ils ne respectent pas le tournus et qu'ils présentent un candidat deux années de suite, nous nous permettons de revendiquer le siège aussi.»

Ajoutez à cela le soupçon d'un pacte passé entre radicaux et PDC - «cela ne m'étonnerait pas que les radicaux aient soutenu le candidat jaune l'an dernier à condition que les jaunes soutiennent le leur cette année», analyse Jean-Henri Dumont - et l'on comprend que l'issue de l'élection, dans tous les cas, sera à la défaveur des camps minoritaires. Face à la majorité claire et pesante du grand PDC, à qui il appartiendra finalement de trancher par le vote.