Genève

Le «miracle vaudois» n’a pas eu lieu à Genève

En une décennie, la dette vaudoise a fondu de 7,7 milliards à 1,1 milliard. Dans le même temps, celle de Genève a stagné à près de 13 milliards. Et cela ne devrait pas changer

Pourquoi le «miracle vaudois» n’a pas eu lieu

Les chiffres sont parfois cruels. Surtout lorsqu’ils rappellent qu’une décennie n’aura pas suffi à l’Etat de Genève pour réduire sa dette, culminant à 12,8 milliards de francs au 31 décembre 2013, soit au même niveau qu’en 2005. Ils le sont encore plus, à comparer l’évolution de la dette de son homologue vaudois, qui a réussi le pari de la réduire sur une période similaire, de 7 milliards de francs à 1,1 milliard aujourd’hui. Certes, le canton de Genève a dû essuyer les pertes liées à la déroute de sa banque cantonale pour près de 2,3 milliards de francs, alors que le sauvetage de la BCV (1,3 milliard) n’aura pas coûté un franc au contribuable, l’Etat vaudois préférant acquérir une participation directe au capital-actions de l’établissement.

Hausse des recettes

Questionné sur ces trajectoires divergentes, Roland Godel, secrétaire général adjoint du Département genevois des finances, ne conteste pas «le mérite des autorités vaudoises qui ont agi de manière déterminée pour réduire la dette», mais relativise le «miracle vaudois». Les recettes fiscales, notamment celles concernant l’impôt sur les sociétés, ont fortement augmenté ces dernières années dans le canton de Vaud, argue le haut fonctionnaire. Lequel ajoute que le poids de l’Etat à Genève par rapport aux communes est «nettement» plus élevé que chez son voisin où ces dernières disposent de compétences élargies. «Ici, la situation est différente, le canton concentre l’essentiel de la dette, et les communes sont dans une situation financière nettement plus favorable que l’Etat.»

Dernier argument: les investissements concédés par le gouvernement genevois ont été beaucoup plus importants que dans le canton de Vaud. En 2013, ce dernier a consacré 241 millions de francs aux investissements contre 666 millions de francs à Genève. «A partir de 2008, l’accent a été porté sur le rattrapage de l’important retard pris au cours des vingt précédentes années en matière d’investissements», expliquait en 2011 l’ancien ministre cantonal des Finances David Hiler. «Dès lors, nous nous endetterons encore, mais uniquement pour investir et plus pour faire tourner le ménage cantonal.»

Ces seuls facteurs n’expliquent évidemment pas tout. La recapitalisation de la caisse de pension des fonctionnaires (763 millions de francs pour la seule année 2012) et la baisse d’impôts votée par le peuple en 2009 (environ 400 millions) ont aussi plombé la dette genevoise. Selon le dernier comparatif 2012 des finances cantonales et communales de l’Idheap, Genève consacre 3,13% de ses recettes fiscales au paiement des intérêts de sa dette alors que Vaud ne paie rien (–0,17%).

Président de la commission des finances du parlement genevois, Frédéric Hohl déplore «l’incapacité, tant de l’exécutif que du législatif, à freiner les dépenses d’un Etat qui est trop lourd». Pour son homologue libéral-radical Cyril Aellen, l’endettement structurel du canton (environ 100 millions) ne semble pas près d’être résorbé au vu de la composition du Grand Conseil. «Aujourd’hui, la gauche et le MCG sont majoritaires pour voter des dépenses, alors que, simultanément, la droite et le MCG disposent d’une majorité pour refuser d’augmenter les prélèvements.»

«Politiques dispendieuses»

Ces finances structurellement déséquilibrées s’expliquent en partie par «des politiques publiques dispendieuses», commente Nils Soguel, professeur de l’unité de recherche en finances publiques de l’Idheap. «Même si un canton plus densément peuplé a souvent des dépenses plus élevées.»

Si Standard & Poor’s a très récemment maintenu la note AA- du canton de Genève, l’agence de notation prévient: «Nous nous attendons à ce que l’exécutif cantonal […] renouvelle son engagement de contrôle des dépenses de fonctionnement et de l’endettement.» Lors de la présentation de son programme de législature, le gouvernement genevois n’a pas consenti à dévoiler ses pistes d’économies, pour autant qu’il en ait eu en sa possession. Il devrait dévoiler après l’été son «plan de mesures et de recettes».

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