Nendaz. La salle de réunion du centre sportif est comble. Citoyens, commerçants, entreprises de construction sont venus nombreux assister à la présentation du projet Mer de Glace. «L’hôtel doit être livré pour Noël 2013, sinon je serai crucifié sur le rond-point de la place du village», plaisante Jean-Daniel Masserey, promoteur de ce projet de résidences, d’un hôtel et d’un spa au cœur de la station.

C’est que les Valaisans se sont mis à craindre ces immenses projets immobiliers à plusieurs millions, dont la plupart ne voient jamais le jour. En Valais, on décrit des promoteurs qui roulent dans de belles voitures et mettent l’eau à la bouche des habitants avant d’entamer les démarches auprès des politiques. Des élus locaux, à qui les promoteurs paient des voyages pour visiter leurs établissements à l’étranger – la présidente de Troistorrents raconte, ainsi, avoir été invitée à deux reprises avec toute sa famille. Certains laissent ensuite des trous béants qui défigurent les stations, d’autres changent d’investisseurs et de visage sans que la moindre pierre ne soit posée. D’autres projets sont construits mais peinent à trouver un exploitant.

A Grimentz, le promoteur belge Thierry Dubuisson a disparu, dit-on dans la station. Depuis plus d’une année, les fondations de l’hôtel Inalp et de ses chalets attenants sont restées nues, juste à côté des pistes de ski. En 2008 déjà, le chantier des chalets Flives, dans la même station et géré par le même promoteur, s’interrompait faute de paiement. Thierry Dubuisson est, depuis, connu pour de multiples faillites et pour un conflit avec l’un de ses investisseurs dans le projet de la Marina au Bouveret. Il a pourtant obtenu une autorisation de construire et commencé ses travaux en 2011.

«L’autorisation de construire a été délivrée en 2008 par la commune de Grimentz», explique Simon Crettaz, conseiller communal responsable des constructions de la nouvelle commune d’Anniviers, résultat de la fusion en 2009 de toutes les communes de la vallée. «C’est à elle [cette commune qui n’existe plus] qu’il faut demander pourquoi l’autorisation de construire a été donnée, et pour les questions en lien avec le projet, il faut vous adresser au promoteur.»

Pour Simon Crettaz, il n’y a pas de problème avec ce projet qui, selon lui, devrait se poursuivre dès le printemps prochain. L’architecte luxembourgeois, installé à Grimentz et responsable de la réalisation, disait pourtant il y a quelques semaines à la RTS s’être «fait rouler» par Thierry Dubuisson, n’ayant jamais vu les millions promis par le promoteur. Aujourd’hui, Paul Fritsch, l’architecte, affirme que Thierry Dubuisson quitte le projet de l’hôtel Inalp, mais qu’un nouveau partenaire suisse a été trouvé. Mais Thierry Dubuisson n’aurait pas disparu: il serait toujours actif dans le Hameau des Bains, un projet de complexe thermal… A Grimentz encore.

Un trou, il en reste aussi un à Morgins, béant depuis quatre ans. «C’est juste à l’entrée de la station, et c’est catastrophique pour son image», déplore la présidente de commune, Marianne Maret. En 2008, un promoteur de la région donne le coup d’envoi du chantier d’un grand centre aquatique, quelques jours avant l’expiration de son permis de construire. Depuis, plus rien ne bouge. «Nous n’avions aucun moyen d’empêcher ce projet qui répondait aux normes, raconte Marianne Maret. Depuis, les terrains et le projet ont été vendus à Michel Blank, un homme d’origine bernoise. Il a décidé de modifier les plans et nous dit qu’il veut recommencer les mises à l’enquête.»

La présidente n’est pourtant pas de celles qui se laissent éblouir par d’hypothétiques millions. Cette autorisation a d’ailleurs été délivrée avant qu’elle ne soit élue présidente. «J’ai été approchée à de nombreuses reprises par des promoteurs néerlandais ou suisses, mais ils ont tous renoncé.» Marianne Maret vérifie leur expérience, les interroge sur leur business plan. Et s’aperçoit souvent que les investisseurs ne connaissent pas l’hôtellerie de montagne, et n’ont pas de vrais projets pour faire venir la clientèle à Morgins.

«J’étais sceptique et perdu face à ce projet, alors que je passe beaucoup de temps à calmer les ardeurs de mes collègues présidents de commune face aux millions d’investissements qu’on leur promet», raconte aussi Francis Dumas, président de Nendaz, face à ses citoyens. Une allusion à Aminona, où se trouve le plus grand projet hôtelier du canton? 650 millions d’investissements pour un village entier d’hôtels et de résidences, qui promet aussi de financer les remontées mécaniques dont les droits d’exploitation expirent cette année.

Les promoteurs russes ont obtenu le dézonage de prairies sèches protégées. Ils ont reçu le feu vert du Tribunal fédéral pour une première zone de construction en juillet dernier. Et l’Etat du Valais a reconnu l’entier de leur projet comme hôtelier, ce qui leur évite d’être soumis, comme Mer de Glace ou les Trois Rocs à Verbier, à la loi fédérale sur l’acquisition d’immeubles par des étrangers. Cette loi interdit le financement de constructions non hôtelières par des promoteurs qui ne seraient pas domiciliés en Suisse. A Aminona, on a considéré que le service hôtelier proposé dans les appartements, qui seront vendus à des privés, équivalait à l’exploitation d’un hôtel. Tous les obstacles sont donc levés pour que les promoteurs de l’ancienne société Mirax puissent entamer les travaux. Mais rien ne bouge.

Les terrains n’ont toujours pas été achetés, et le projet n’a toujours pas de banque partenaire. «Tout devrait être finalisé durant cette fin d’année», assure Frédéric Jacquemoud, responsable de la communication du projet.

«Les négociations avec les propriétaires des terrains, qui ont reçu un acompte de 10% en guise de promesse d’achat, arrivent à leur terme. Quant au financement et aux discussions avec les partenaires financiers, étant donné les enjeux, cela prend en effet du temps, et le processus est encore en cours.» Le début des travaux est toujours prévu au printemps 2013.

Les Thermes de la Dixence, dans le val d’Hérens, devaient eux aussi commencer au printemps. En 2010. Mais à ce jour, les bains, l’hôtel, les immeubles résidentiels et les chalets n’ont pas vu le jour. Les investisseurs ont changé, et le projet conçu en 2000 doit être réadapté. «Un fonds d’investissement suisse est intéressé, mais le contrat n’est pas encore signé, explique Jean-Pierre Emery, auteur du projet. Le nouveau projet sera mis à l’enquête au début de l’année prochaine.»

A Nendaz, les résidences sont construites et vendues, le toit de l’hôtel vient d’être posé et Jean-Daniel Masserey lui a trouvé un exploitant: le groupe Boas. «C’est la pierre angulaire de ce projet, explique-t-il. Si je n’avais pas trouvé de pilote, les appartements déjà vendus auraient perdu de leur valeur et cela aurait été une catastrophe.» Ce que n’ont pas su faire les bains de Val-d’Illiez, qui ont ouvert en octobre 2010. L’hôtel est construit mais n’est toujours pas aménagé, et semble avoir de la peine à trouver un exploitant.

Les Nendards ont touché le jackpot et le conseil d’administration de Télénendaz remercie les investisseurs, en pensant avec émotion à toutes ces journées de ski supplémentaires que l’hôtel apportera. Mais il subsiste un point noir au tableau. Ses remontées mécaniques ont vieilli et, sans plan d’aménagement communal, la station ne parvient pas à obtenir les autorisations pour rénover ses installations. Ce qui sera pourtant nécessaire pour satisfaire la clientèle de son hôtel et de ses résidences de luxe.

«C’est juste à l’entrée de la station, et c’est catastrophiquepour son image»