Comment font-ils campagne, avec quels moyens, quelle motivation? Alors que les candidats aux élections fédérales n’ont jamais été aussi nombreux, «Le Temps» suit six d’entre eux sur le terrain pour un carnet de campagne.

Portraits précédents:

Peseux, dans la banlieue résidentielle de Neuchâtel. «Bonsoir à tous, lance gaiement Mireille Tissot-Daguette, candidate vert’libérale au Conseil national et au Conseil des Etats. Et merci d’être venus en nombre!» Un rire parcourt l’assemblée, composée de dix personnes. Malgré les bons scores du parti dans la commune, la thématique du «café de l’actu» du jour – «l’identité virtuelle» – n’a pas déplacé les foules.

La salle de l’hôtel-restaurant du Vignoble paraît bien grande, qu’importe. «Au moins, nous avons trouvé un projecteur de remplacement», positive la candidate. La commune a prêté le sien, un premier appareil ayant rendu l’âme. La Neuchâteloise de 30 ans en a vu d’autres, c’est sa troisième campagne fédérale. La télécommande du beamer ne fonctionne pas, il y a des jours comme ça. Mais l’énergie est là, quand on est candidate, il faut savoir composer avec les aléas. Le séminaire se poursuit.

Sauveteuse, professeure, gymnaste

«J’ai toujours été intéressée par le fonctionnement des choses», raconte la professeure de mathématiques. Repérée par le mouvement Ecologie libérale lors d’un bouillant discours du 1er Août à Montmollin, alors qu’elle n’a que 18 ans, elle se présente au Conseil national la même année et, emportée par son élan, au concours Miss Fête des vendanges. «C’était surtout pour voir», rigole-t-elle en évoquant ces souvenirs de 2007. Aucune des deux entreprises ne sera couronnée de succès, mais la passion pour la chose publique demeure.

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Le succès finit par arriver. Dès l’année suivante, elle fait son entrée au Conseil général de Montmollin, puis rejoint le PLR du Val-de-Ruz. Elle rejoint les Vert’libéraux neuchâtelois en 2012, année de leur fondation. En parallèle, elle décroche un master en maths, devient monitrice de gym et s’investit dans sa passion: la conduite de chiens de sauvetage. Huit ans après sa première tentative, elle se relance dans la course fédérale en 2015. Les temps sont toutefois peu propices pour percer dans son parti, qui perd cinq sièges. «Nous n’avions aucune chance à ce moment-là», juge-t-elle. Quid de 2019?

«Le défi reste de taille, concède la jeune femme, qui figure sur la liste Jeunes. Mais je pense qu’avec mes affiches et mes apparitions dans les médias régionaux (RTL et Canal Alpha), j’ai quand même une bonne visibilité. Et cette fois, les Vert’lib' ont une possibilité de gagner un nouveau siège!» Dans sa campagne, elle compte avant tout mettre en avant l’environnement et la cause des femmes. «Mais sans quotas. Je trouve ça péjoratif.»

«Je vais rester moi-même»

Pour rassembler les électeurs derrière son projet, la candidate a une stratégie plutôt traditionnelle: stands en ville le week-end, opération Fête des vendanges avec tout le parti cantonal et participation épisodique à des débats, comme ce soir au Vignoble où, devant une assemblée aux fronts plissés, un entrepreneur local s’attelle à vulgariser les principes de la blockchain.

«Ce n’est pas une thématique facile, mais c’est l’avenir, milite Mireille Tissot-Daguette. La Suisse est en retard dans le numérique, je le vois bien en tant qu’enseignante. Il faudrait des cours sur le fonctionnement d’un ordinateur, d’un algorithme. C’est le futur.» Passionnée d’informatique, la candidate est cependant peu présente sur les réseaux. «J’ai Facebook, dit-elle. Instagram, c’est plus difficile.» Nulle trace de Twitter. Sa notoriété vient avant tout du terrain, plaide la jeune femme.

«Avec un siège communal à Peseux (où elle a déménagé pour vivre avec son mari et leurs trois labradors) et une place de députée au Grand Conseil neuchâtelois depuis 2017, je compte chez les Vert’libéraux du canton.» Campagne ou non, la candidate de nature discrète ne compte pas changer toutes ses habitudes: «Je vais rester moi-même, éviter de me mettre en scène comme le font d’autres dans le canton. Mais je reconnais que je devrais davantage communiquer sur mes actions en politique.» Cet article est un premier pas.