En se donnant la mort, dimanche entre 15 h 05, lorsqu'il a été vu pour la dernière fois lors d'un contrôle, et 15 h 22, lorsque son compagnon de cellule de la prison de Thoune a donné l'alerte, Mischa Ebner laisse sans réponse plusieurs mystères: quelle était la personnalité de ce sportif d'élite de 27 ans? Pourquoi est-il entré dans une spirale infernale de la violence, jusqu'à tuer? Pourquoi s'est-il suicidé?

Avant de laisser parler le psychiatre, les juges d'instruction ont précisé les faits, jeudi à Berne. Mischa Ebner s'est suicidé en se pendant au moyen d'un drap, accroché à l'imposte de sa cellule. Il a profité de l'assoupissement de son codétenu devant la télévision. La mort a été instantanée. Les enquêteurs affirment que les surveillants n'ont pas failli à leurs devoirs.

La juge d'instruction de l'Oberland, Christine Schenk, a dévoilé le contenu de la lettre d'adieu manuscrite d'une page, sans date, laissée par le tueur de minuit: Mischa Ebner définit ses actions comme des «événements effroyables et incompréhensibles», il exprime des regrets, mais n'évoque pas l'imminence d'un suicide.

La juge Anastasia Falkner a de son côté fait le point sur l'enquête, précisé que le cuisinier thurgovien a reconnu 29 délits, dont 21 sont d'«infimes» atteintes contre le patrimoine, commises entre décembre 2000 et l'été 2001. Avant que Mischa Ebner n'entre dans une spirale de la violence dirigée contre des femmes, sans atteinte sexuelle. Il a avoué quatre tentatives d'homicide avérées et le meurtre d'une jeune fille de 20 ans, le 31 juillet, à Niederwangen. «Le prévenu n'a aucun lien avec d'autres infractions commises en France et en Allemagne non élucidées», ajoute la juge. L'instruction préliminaire sera menée à terme. Il n'y aura évidemment pas de procès.

L'agression, un objectif en soi

S'il a avoué ses délits, Mischa Ebner n'a pas livré tous les secrets d'une personnalité mystérieuse que le psychiatre Rainer Luthe tente de cerner: «Avant d'être un délinquant, il n'avait donné aucune raison de se soumettre à un traitement psychiatrique […], son comportement ne présentant aucun indice d'un dérangement quelconque. Sa surprise a été totale lorsqu'il a découvert qu'il avait une double personnalité. Ce n'est pas un dépressif; d'ailleurs, il ne peut être attribué à aucune catégorie psychiatrique usuelle.» Mischa Ebner n'a cessé d'affirmer que ses actes étaient incompréhensibles pour lui. «Il s'est montré intéressé à découvrir, en compagnie du psychiatre, ce qui n'allait pas en lui», poursuit le professeur Luthe.

Reste à déterminer le mobile des agressions: «Les actes délictueux ne constituaient pas un moyen d'atteindre un objectif, mais étaient l'objectif lui-même», relève le psychiatre, qui a constaté que «Mischa Ebner a éprouvé beaucoup de difficultés à se développer dans la société, ce qui peut s'expliquer par les lésions massives subies au cours des quatre premières années de sa vie», avant qu'il ne soit adopté par la famille Ebner.