La Suisse pourrait connaître un scandale des fiches bien plus grand que celui de la fin des années 1980. Le préposé fédéral à la protection des données, Hanspeter Thür, a mis en garde vendredi contre des mesures prises à l'aveuglette dans la lutte contre le terrorisme.

Présentant devant la presse le douzième rapport annuel sur l'activité de ses services, Hanspeter Thür s'en est pris au projet que le Conseil fédéral devrait mettre en consultation à l'automne et qui prévoit un recours accru aux mesures préventives, comme les écoutes téléphoniques. Selon le préposé, le droit en vigueur permet déjà de répondre aux besoins en la matière. «Je n'ai pas reçu de preuves qu'il faille aller plus loin pour assurer la sécurité de l'Etat», a-t-il déclaré, tout en se disant prêt à la discussion si des lacunes sont constatées. Reste que pour Hanspeter Thür, dans un Etat de droit chaque mesure préventive doit être vérifiée. Sinon, il y a un grand risque de déboucher sur un scandale.

Et de citer le cas des Etats-Unis, où les échanges de données entre entreprises privées et Etat sont considérables. De nombreux vendeurs professionnels seraient déjà capables de fournir des listes de personnes qui prennent des antidépresseurs, croient en la Bible, jouent sur Internet ou achètent des produits érotiques. A propos des Etats-Unis, Hanspeter Thür considère que le transfert de données personnelles à des compagnies aériennes américaines devrait être réglementé dans le cadre d'un accord bilatéral.

Risques liés aux nouvelles technologies

Il s'inquiète aussi de la banalisation croissante des nouvelles technologies. Ainsi les puces électroniques greffées sur des individus ne sont plus de la science-fiction mais une réalité. Elles peuvent servir à contrôler des personnes. Il en va de même avec les données biométriques. Dans un avenir pas si lointain, les empreintes digitales suffiront à enclencher le moteur d'une voiture, ou l'iris de l'œil pourra être utilisé par une école pour contrôler les entrées dans son enceinte. Hanspeter Thür entend donc éveiller la conscience du public aux risques que représentent les nouvelles technologies.

Dans son rapport, le préposé remet également en cause l'efficacité de l'enregistrement des acheteurs de cartes téléphoniques à prépaiement. La personne qui utilise la carte n'est pas forcément celle qui l'a achetée, note le rapport. Il est en outre possible d'utiliser en Suisse des cartes achetées à l'étranger et pas enregistrées. Il paraît donc douteux que le but initialement poursuivi – la lutte contre le terrorisme – puisse vraiment être atteint.