Qui s'en souvient? Fin 1996, voici à peine plus de quatre ans, le centre gauche vaudois pavoisait, considérant non sans quelques raisons le terrain scolaire comme une conquête politique peut-être récente, mais certainement ferme et durable. Les troupes enseignantes, qui avaient toujours dû s'accommoder d'un chef de Département radical, se trouvaient depuis deux ans sous l'autorité d'un Jean Jacques Schwaab socialiste, arrivé avec EVM dans ses cartons, et qui venait de faire triompher cette réforme, coup sur coup devant le parlement et le peuple. Pareillement investie, croyait-on, l'école pouvait passer au rang de champ secondaire du combat partisan, utile pour se profiler sur d'autres sujets, comme le statut des fonctionnaires où l'arrondissement des moyens de l'Etat, mais pratiquement sans enjeu propre. Dans la foulée, les socialistes se permettaient même un combat fratricide, terminé par l'éjection de Jean Jacques Schwaab du gouvernement.

Depuis, Francine Jeanprêtre a repris l'école, et le réveil est dur. Les libéraux – qui n'ont jamais abandonné la lutte scolaire – ont visiblement, et même si elle est annoncée depuis plusieurs semaines, pris tout le monde de vitesse avec leur initiative sur le retour des notes (lire ci-dessous). Premiers à réagir, les radicaux ont dû se contenter de bricoler rapidement un texte parlementaire mélangeant notes et évaluations, et loin de satisfaire tous leurs membres. Dans les autres formations, l'offensive libérale a surtout eu jusqu'ici, pour toute réponse, un assourdissant silence.

L'hébétude de gauche devrait toutefois prendre fin. Samedi, le Parti socialiste vaudois a tenu des «Assises» d'une journée, entièrement consacrées à l'école. Syndicats d'enseignants, associations de parents – y compris la très critique Aspics – pédagogues, etc., s'y sont exprimés devant une soixantaine de militants, qui ont ensuite entamé le débat. Leurs conclusions conduiront le 12 février à une prise de position officielle du comité. En attendant, le nouveau président du parti, Pierre-Yves Maillard, donne son sentiment. Il n'annonce bien sûr aucun soutien aux libéraux, et prépare le déplacement de la lutte scolaire sur un terrain plus large que celui des notes: «S'il y a une correction à apporter à EVM, c'est bien la persistance de son système sélectif, attestée par les derniers rapports en main du département.» Pour Pierre-Yves Maillard, «le malaise ressenti dans la population ne naît pas de l'emploi de notes ou d'évaluation. Ce qui inquiète, c'est que tout risque encore d'être joué à douze ans pour un enfant, malgré le remplacement de la cinquième par un cycle». Sans faire l'impasse sur toute amélioration des évaluations, mais en estimant que les pédagogues pourraient y procéder sans lourde mécanique populaire ou parlementaire, les socialistes entendent donc lancer une nouvelle revendication: la fin de la voie terminale à options. «Dans une société où la formation devient clairement une priorité, il faut admettre qu'il y a deux voies, l'académique et la professionnelle, avec des passerelles entre elles!» La forme que pourrait prendre cette revendication – motion? initiative? – n'est pas encore arrêtée.

Coïncidence? Le secrétaire du POP, Josef Zisyadis, juge en des termes voisins des socialistes l'état actuel de la controverse scolaire: «Une vraie revendication de gauche, c'est une filière unique jusqu'à 16 ans. C'est là-dessus que nous voulons travailler» dit-il, non sans regretter que son parti soit sur la défensive, et ne dispose plus d'un organe permanent de réflexion sur les questions scolaires. «Cette commission va être remise en selle» promet-il. Les écologistes sont tout autant démunis. Municipal lausannois et député, Daniel Brélaz se contente de rappeler que le parti a soutenu EVM, et qu'il aimerait laisser à la réforme le temps de faire ses preuves: «Une polémique ne fait pas le bien des enfants.»

Reste à savoir si l'attente des uns et les longues réflexions des autres seront suffisantes. En face, la récolte de signatures s'annonce facile et pèsera de tout son poids sur les futurs débats parlementaires et sur les campagnes électorales des élections communales et cantonales.