Bruno qui? Même dans le canton de Zurich, Bruno Heinzelmann, le candidat lancé par l'UDC dans la course au Conseil d'Etat, est un inconnu. Son rayon d'activité politique n'a guère dépassé sa ville de Kloten, 17 000 habitants. Né et grandi dans la localité liée à l'aéroport, il en est le maire – un poste à 40% – depuis 1994, après avoir été quatre ans municipal de la police. Déjà, en 1999, Bruno Heinzelmann s'était intéressé au poste de conseiller d'Etat, mais son parti avait préféré lancer Christian Huber. A la fin de l'année dernière, il était à nouveau sur les rangs pour une candidature, mais la commission de nomination n'avait retenu qu'un nom à l'intention des délégués, celui de Toni Bortoluzzi. Maintenant que le conseiller national a déclaré forfait, Bruno Heinzelmann, 50 ans, peut enfin tenter sa chance. En chasseur passionné, il aura su avec patience attendre son heure.

Paradoxalement, son caractère peu profilé a joué cette fois-ci en sa faveur. Car jusqu'à maintenant, le maire de Kloten n'a pas vraiment fait de vagues. Certaines mauvaises langues, dans sa cité, l'accusent même d'envoyer un autre collègue au front quand il s'agit d'annoncer des nouvelles peu réjouissantes. Mais ses collègues à la Municipalité – où l'UDC détient trois des sept mandats – lui attestent un comportement collégial. Ce choix est en tous les cas une offensive de charme envers l'électorat radical, qui, malgré la recommandation officielle du parti, a refusé en grande partie ses voix à Toni Bortoluzzi.

La présidente des radicaux zurichois, Doris Fiala, n'a que des louanges à la bouche pour Bruno Heinzelmann, un homme qu'elle ne connaît pas personnellement. «Il n'est ni un provocateur ni un agitateur. Sa probable nomination est un geste d'apaisement envers les électeurs qui n'ont pas soutenu le candidat UDC lors du premier tour pour protester contre les provocations du parti», a-t-elle déclaré dans la NZZ am Sonntag. Au Tages-Anzeiger, qui lui demandait s'il était moins dur que Toni Bortoluzzi, Bruno Heinzelmann a fait cette réponse tout en diplomatie: «Nos rôles sont très différents. Toni Bortoluzzi est un parlementaire. Je siège dans un exécutif depuis seize ans, et, là, on ne fait pas de la politique de la même manière que dans un parlement.» Qu'il soit repêché pour le second tour ne le gêne pas non plus. Il rappelle qu'en 1996, lorsqu'il a fallu remplacer Moritz Leuenberger au Conseil d'Etat, les socialistes avaient aussi changé de cheval en milieu de course. Après le piètre résultat de Vreni Müller-Hemmi, c'est Markus Notter, lui aussi à l'époque maire, de la commune de Dietikon, qui l'avait emporté.

Bruno Heinzelmann part quand même avec un handicap: sous sa présidence, en raison certes de l'effondrement de Swissair, les impôts à Kloten ont augmenté de 15% en l'espace de deux ans. «Les recettes fiscales ont diminué de 30%, grâce aux mesures d'épargne que nous avons prises, la hausse fiscale a été limitée», se défend-il. Ses adversaires ne se privent pas de rappeler sur tous les tons cette entorse à l'orthodoxie du parti. Alors que l'UDC a fait de l'augmentation des impôts la question cruciale pour l'élection au second tour, c'est bien sûr gênant.

Elle est allée lundi soir jusqu'à inviter le conseiller national radical lucernois Otto Ineichen pour qu'il explique à la base du plus grand parti zurichois «Pourquoi les hausses d'impôts portent atteinte à l'économie», selon le titre annoncé de son exposé. La stratégie de l'UDC consiste en effet à faire du candidat PDC Hans Hollenstein un gauchiste, depuis qu'il a déclaré qu'il n'était pas opposé à l'augmentation des impôts proposée par le ministre démissionnaire des Finances, Christian Huber.

Le feutre vert de chasseur donne une touche presque excentrique à Bruno Heinzelmann, qui sinon, avec sa moustache et ses cravates sagement rayées, a tout de l'agent d'assurance. Ce qu'il est d'ailleurs. Une activité qu'il va abandonner de toute façon. S'il ne devait pas être élu au gouvernement zurichois, il assumera dès le mois prochain la tâche de coordinateur pour les dédommagements liés au bruit, un poste à 75% nouvellement créé par Unique, la société de l'aéroport. Lui qui habite à moins d'un kilomètre du couloir d'atterrissage par l'est sait de quoi il parle. Et défend dans les médias alémaniques des positions bien tranchées. Il est opposé aussi bien aux approches par l'est que par le sud, et souhaite le retour au régime des atterrissages par le nord.

Optimiste, il se montre convaincu qu'une telle solution est négociable avec l'Allemagne. De l'optimisme, il lui en faudra encore, s'il veut rattraper les 17 000 voix d'avance qu'a prises le PDC Hans Hollenstein au premier tour. Surtout que le municipal de Winterthour peut continuer sur sa lancée: son sourire contenu est déjà affiché partout. Bruno Heinzelmann a dû ce week-end faire des photos en catastrophe.