«Je n'ai rien à ajouter.» «Je souhaite présenter mes sincères excuses à Stéphane Lagonico et sa famille.» Un à un, les treize accusés, impliqués à des degrés divers dans le rapt, ont pris ou décliné la parole qui leur était offerte à l'issue de ce procès fleuve. Les débats sont désormais achevés et le dispositif du jugement sera rendu mardi prochain. Avant cette clôture, les juges ont entendu les avocats de Pascal Shumacher et de Katia Pastori. Tous plaident «le mobile psychologique».

Avec le talent qui est le sien, Me Dominique Warluzel a relevé les défaillances d'une accusation qui s'est bornée à un essai descriptif et robotique tout en faisant l'impasse sur l'essentiel: la motivation de Pascal Shumacher. «Le procureur général n'a pas fait la démonstration que mon client était au courant des projets de Christian Pidoux et a fait l'impasse sur son mobile. On vous demande d'infliger 10 ans de réclusion sans dire pourquoi l'accusé a agi. Avant d'être juges du comportement, vous devez être juges de l'intention.» Et l'avocat d'analyser les raisons qui ont poussé Pascal Schumacher à s'embarquer dans cette histoire et à faire les appels menaçants que l'on sait à la famille de la victime.

Etait-ce la vindicte ou l'envie?, interpelle le défenseur. Non, il ne connaissait pas Stéphane Lagonico. Etait-ce pour l'argent? Il n'est nulle part question dans ce dossier d'une rémunération promise, convenue ou même espérée par Pascal Schumacher. Il ne reste que la thèse défendue par l'intéressé et corroborée par Christian Pidoux. Ce dernier s'est toujours présenté à son ami comme étant menacé et contraint. Que cette pression soit réelle ou imaginaire, cela importe finalement peu. Ce qui reste décisif, c'est ce que Pascal Shumacher a entendu et cru. Habité par ce désir de valorisation, se prenant toujours pour Lancelot du Lac, il a pensé qu'il pouvait tout résoudre. Certes, les appels à Carmela Lagonico étaient terribles. Mais il ne pouvait pas adopter une autre voix puisque son but était bien de déterminer cette mère à payer la rançon. «Ce n'est pas parce qu'il a bu des tequilas lors d'une fuite improvisée qu'on peut déduire que Pascal Schumacher a tout su», souligne Me Warluzel tout en demandant au Tribunal de retenir que son client a agi en état de nécessité, voir de lui accorder la circonstance atténuante de la menace grave.»

Sous une autre forme mais toujours dans le même registre, les avocats de Katia Pastori ont relevé le simple rôle de «messagère» de cette jeune femme, prête à aider un Christian Pidoux en qui elle voyait l'homme et le protecteur tant attendu. Que dire du témoignage de sa sœur à qui elle avait confié sa participation aux préparatifs du rapt? «Katia, paniquée par les menaces des Kosovars, en a rajouté car elle voulait convaincre sa cadette de quitter l'appartement», avance Me Jacques Michod. Et l'ultime demande de rançon fait depuis Evian? Elle a encore cédé à Christian Pidoux. «Il n'y a pas eu de trio avant le Brésil, avant que tout soit fini et perdu. Ce n'était pas des semaines de bonheur mais quelques jours arrachés à une réalité programmée. Celle de la prison qui les attendait», a conclu Me Michod. Soulignant de son côté l'immaturité et la dépendance affective de l'accusée, Me Jacques Barillon a sollicité une peine de 18 mois de prison avec sursis. Katia Pastori n'a pas pu choisir, sinon elle aurait fait le bon choix, a ajouté l'avocat en faisant référence à la responsabilité restreinte reconnue par l'expert psychiatre: «Le mobile de Katia est à chercher dans les méandres du cœur et de l'âme.» Enfin, la défense a plaidé la circonstance atténuante du repentir sincère en rappelant que Katia Pastori s'est constituée prisonnière lors de sa cavale.