Le Nouvelliste livre un avis tranché sur le sort que mérite Bernard Rappaz: il doit mourir en prison. 81% des participants au sondage mis en ligne par le quotidien valaisan estiment que le détenu doit purger sa peine comme n’importe quel prisonnier. La majorité ne croit pas à une interruption provisoire de peine, et n’est pas outrée par l’idée de voir trépasser un homme dans les geôles suisses en 2010.

Mais les sondages sont ce qu’ils sont et la population n’a aucun rôle à jouer devant l’écheveau politico-judiciaire que l’affaire Rappaz a tissé. La question de la survie du chanvrier jeûneur agite donc en premier lieu la conscience des élus qui se pencheront sur la demande en grâce, au Grand Conseil, le 18 novembre (lire encadré). Peut-on influencer le cours du vote, voire échafauder un compromis pour sortir de la crise d’ici là?

A l’appel lancé par le sociologue Gabriel Bender hier dans nos colonnes, qui implore quatre personnalités politiques d’envergure nationale de faire du lobbyisme à leur manière, font écho ceux de l’ancien président du Parti socialiste suisse Peter Bodenmann, qui s’exprimait mercredi soir sur la RSR, et du sénateur libéral-radical Dick Marty, interrogé par 24 heures. Les trois plaident pour une interruption de peine avant qu’il ne soit trop tard. Sur ce point, la décision finale ne pourrait venir que de la conseillère d’Etat Esther Waeber-Kalbermatten. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les récents appels à la clémence ne rencontrent pas un accueil unanimement favorable en Valais. Ne serait-ce que parce qu’ils peuvent donner l’impression d’une volonté d’ingérence du pouvoir politique dans le pouvoir judiciaire – le Tribunal fédéral n’a-t-il pas clairement statué sur l’invalidité d’une interruption de peine?

Pour Christophe Darbellay, «il n’y a pas de compromis politique acceptable. Il y a un homme qui a à son crédit un palmarès impressionnant de délits, veut choisir les modalités d’exécution de sa peine et prend l’Etat de droit en otage». Cet appel, c’est «une opération concertée des socialistes et des Gute Men­schen [les bien-pensants]», estime le président du PDC suisse.

Le ton est donné. Et les réticences ne s’arrêtent pas au camp démocrate-chrétien. Très concernée par le cas Rappaz puisqu’elle préside la Commission de justice (COJU) chargée de donner un préavis aux députés sur la question de la demande en grâce, la libérale-radicale Anne-Marie Sauthier-Luyet se fie, pour une fois, «aux échos de bistrot et aux gens qui lisent la presse» pour sonder l’état d’esprit de ses concitoyens: «Ils ont une forme de rage envers Rappaz. Ils en ont plus qu’assez de l’entendre. Peut-être la sensibilité est-elle différente dans les autres cantons. Mais je me demande si les appels venant de personnalités hors canton ne font pas effet contraire ici.»

Le sentiment pourrait être accentué, pense-t-elle, par le flou qui subsiste autour de l’état de santé du détenu. «On a peu de données fiables.» Peut-on survivre à 78 jours – 190 non consécutifs – sans rien manger? «Les autorités ont l’impression d’avoir affaire à un tricheur», poursuit un proche de la conseillère d’Etat Esther Waeber-Kalbermatten, auquel l’avocat du chanvrier, Aba Neeman, répond qu’«à Berne, en tout cas, on lui pesait sa soupe avant et après».

Il faut interpeller les socialistes pour trouver un soutien explicite à Bernard Rappaz. Avant Peter Bodenmann, le Parti socialiste haut-valaisan (SPO) avait déjà pris le contre-pied de sa ministre. La tournure des événements fait désormais dire à Jean-Henri Dumont, président des socialistes du Valais romand et député, qu’une «solution peut être trouvée, qui peut prendre la forme d’arrêts domiciliaires ou d’une interruption de peine provisoire. Je soutiens néanmoins les décisions fermes prises par Esther Waeber-Kalbermatten jusqu’à présent, qui ont en tous points respecté le cadre légal.»

L’avocat de Bernard Rappaz, lui, s’accroche solidement à l’option des arrêts domiciliaires. Le Tribunal cantonal ayant rejeté son recours à la décision négative du canton sur l’interruption de peine, hier, il recourt au Tribunal fédéral et demandera des mesures provisionnelles pour maintenir son client en vie. Bernard Rappaz doit encore comparaître début décembre pour une autre affaire de culture de chanvre.