POLITIQUE SCIENTIFIQUE

Mobilisation générale pour les crédits de la recherche

Le Conseil fédéral a adopté le programme d’encouragement à la formation, à la recherche et à l’innovation pour les années 2017 à 2020. Il est doté d’une enveloppe de 26 milliards de francs, en croissance de 2%. «Insuffisant pour préserver la place scientifique suisse», critiquent les milieux académiques, scientifiques, syndicaux et politiques. Au Parlement, la lutte s’annonce corsée

Une nuée de critiques s’est abattue jeudi après-midi sur le programme quadriennal pour la formation, la recherche et l’innovation, présenté le matin même par le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann. Les attaques se concentrent sur le nerf de la guerre: l’enveloppe financière de 26 milliards de francs proposée pour les années 2017 à 2020, qui correspond à une croissance annuelle moyenne de 2%. Une progression jugée bien trop faible par le monde académique et scientifique, plusieurs partis, les syndicats et les associations professionnelles.

«Certes ce taux de 2% n’a plus à voir avec la croissance des années précédentes, mais cela reste conséquent en comparaison d’autres secteurs», a estimé le ministre de l’économie, de la formation et de la recherche jeudi matin en présentant le plan quadriennal. Johann Schneider-Ammann défend sa position: ces domaines demeurent une «priorité». Quatre domaines d’encouragement sont mis en avant: le renforcement de la formation professionnelle supérieure, le soutien à la relève scientifique dans les hautes écoles, le développement des études de médecine et l’innovation. «Notre ambition, c’est que la Suisse reste à la pointe au niveau mondial», avance le conseiller fédéral.Infographie. Dépenses de recherche par pays en 2014

Message contradictoire

Ce discours n’a donc pas convaincu et la levée de bouclier a été immédiate. «Il y a une contradiction dans le message, résume Martin Vetterli, président du conseil de la recherche du Fonds national suisse (FNS) et futur patron de l’EPFL. On ne peut pas à la fois déclarer politiquement que la formation, la recherche et l’innovation constituent des domaines prioritaires et les couper à ras quand on passe la tondeuse à gazon budgétaire».

Dans une prise de position commune avec le FNS et les Académies suisses des sciences, Swissuniversities, la faîtière des hautes écoles et des EFP, a manifesté son «inquiétude». «Les buts sont ambitieux, mais les moyens pour les atteindre ne le sont pas: 2% de croissance, ce n’est pas réaliste, critique Michael Hengartner, président de Swissuniversities et recteur de l’Université de Zurich. Comment les universités et les EPF vont-ils pouvoir continuer à se développer?» s’interroge-t-il. Certes Swissuniversities accepte que les hautes écoles et la recherche participent à l’effort commun pour assainir les finances fédérales, mais pas plus que ce que l’association estime être «juste». «Le domaine FRI représente un peu plus de 10% des dépenses de la Confédération, mais il est appelé à contribuer à hauteur de 20% au programme d’économies. Il faut rediscuter pour que cette proportion soit réduite», lance Michael Hengartner.

Martin Vetterli va plus loin et appelle «le gouvernement à être plus courageux et à donner de meilleurs signaux». «C’est une question d’image pour la Suisse: elle devrait montrer qu’elle est un pays qui investi et va de l’avant dans la science et l’innovation. Et puis, vu le contexte de grande incertitude, s’agissant de la recherche, dans les relations entre la Suisse et l’Union européenne, ce n’est pas le moment de tirer le frein à main», ajoute-t-il.

Si la critique est relativement attendue de la part des principaux acteurs de la science et de la recherche, elle est partagée par d’autres: les syndicats, l’USS ou Travail Suisse, ainsi que certaines associations professionnelles, comme l’USAM, la faîtière des PME qui se dit «très déçue» et déplore de «belles paroles».

«Priorités mal définies»

Du côté des partis également, les propos sont vifs. Pour le conseiller national socialiste fribourgeois Jean-François Steiert, «la majorité de droite du Conseil fédéral définit mal ses priorités. Nous devons tout faire pour rester dans le peloton de tête international en matière de formation, de recherche et d’innovation. C’est la seule façon de garantir l’emploi et notre bien-être à long terme.»

Le PLR soutient certes son ministre, jugeant comme le dit le conseiller national Fathi Derder, que «le message est bon et pose de bonnes priorités». Mais il juge aussi qu’au «niveau budgétaire, les moyens proposés ne sont pas à la hauteur des ambitions. C’est extrêmement inquiétant pour la place scientifique suisse.» La hausse de 1,5% prévue pour le domaine des EPF est «consternante», fulmine Fathi Derder. «Ou alors, c’est qu’on ne veut plus voir les EFP se développer!» La commission de la science et de l’éducation du Conseil national a récemment jugé qu’une croissance de 3,9% permettrait de maintenir le niveau d’excellence de la place scientifique suisse: ce taux est défendu tant par Fathi Derder que par Jean-François Steiert, il est évoqué également par Swissuniversities.

Le combat politique va maintenant se déplacer au parlement. Les uns et les autres vont mettre tout leur poids dans la balance pour corriger le message. Les commissions devraient se réunir ce printemps, pour de premiers débats en plénum prévus lors de la session de juin.

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